Biographies

 

Jean-Antoine Morand (1727-1794)

Dans la correspondance

Retrouvez Jean-Antoine Morand cité(e) dans la correspondance.

Note biographique

Jean Antoine Morand est né le 10 novembre 1727 à Briançon. Il est le fils d'Etienne Morand, avocat en la cour et de demoiselle Eléonore Peralda. Il meurt guillotiné le 24 janvier 1794 à Lyon.

Il se marie en janvier 1759 avec Antoinette Levet. Le couple aura deux enfants : Antoine, né en 1760, et Eléonore, née en 1762.

Jean Antoine Morand est un architecte célèbre par ses œuvres et son génie architectural autant qu’urbanistique. Il est le concepteur et l’un des propriétaires du deuxième pont qui enjambe le Rhône dans sa partie septentrionale, au nord-est de Lyon, un pont en bois.

Non loin des premiers hôtels qu’il a faits bâtir dès les années 1750 sur le quai Saint-Clair, il achète aux Hospices civils de Lyon des terrains qu’il va lotir, aménager et auxquels il va donner le nom de « Pré Morand », connus aujourd’hui comme « les Brotteaux ». C’est pour relier ce quartier au reste de la ville qu’il construit, entre 1771 et 1775, son pont de bois.


    En 1772, une compagnie avait été créée pour l’exploiter. Elle avait d’abord acquis la cession de tous les bacs et trailles qui traversaient le Rhône entre Saint-Clair et le pont de la Guillotière ; après quelques désaccords avec les Hospices civils, propriétaires de l’une de ces voies de communication, la Compagnie avait obtenu la concession d’un droit de péage pour 99 ans. Ces désaccords n’étaient sans doute pas sans rapport avec l’obstruction que mirent les Hospices au projet de réaliser une vaste perspective, à partir du pont, jusqu’à la route d’Italie. L’affaire, avantageuse pour les propriétaires des actions de la Compagnie, l’était également pour les habitants : le prix du péage s’élevait à un tiers de moins que celui perçu par les bacs ou les trailles que le pont venait remplacer. En contrepartie, le pont n’était assujetti à aucun impôt.

    C’est à partir de la construction du pont que se développe, sur la rive gauche du Rhône, aux Brotteaux, un espace de loisirs composé de guinguettes et de promenades plantées d’ormes. On connaît les projets ambitieux que Jean Antoine conçoit alors pour ce vaste espace dont les plans constituent, encore aujourd’hui, une référence en matière de prospective urbaine. Ils montrent que Jean Antoine Morand a été l’un des premiers, avec Soufflot, à anticiper le développement de la ville au nord-est de son fleuve le plus impétueux.

    Le siège de l’été 1793 a mis les Morand quasiment sur la paille. Les Brotteaux sont dévastés. Les arbres et les édifices ont été abattus ou brûlés. Le pont, à moitié détruit, est inutilisable désormais. Seul moyen pour les assiégés de communiquer avec la « route de l’Italie », et notamment de faire venir des vivres devenues indispensables, il a subi le feu des canons et des assauts jacobins. 
    D'après Anne Verjus et Denise Davidson, Le roman conjugal. Chroniques de la vie conjugale à l'époque de la Révolution et de l'Empire, Seyssel, Champ Vallon, 2011, p. 140.

Jean Antoine est arrêté en novembre 1793. Accusé d'avoir saboté son pont pour freiner l'arrivée des troupes républicaines, pendant le siège de la ville, il est emprisonné pendant plusieurs semaines.

Il est emprisonné à la « maison de sûreté dite des Recluses », puis transféré à l’hôtel commun, à l’actuel emplacement de l’hôtel de ville. Il subit un premier interrogatoire le 23 décembre, qu'il retranscrit et dont on a conservé la trace dans la correspondance qu'il adresse à sa femme Antoinette. Il est guillotiné le 24 janvier 1794.


Références bibliographiques

Bertin, Dominique et Mathian, Nathalie. Lyon. Silhouettes d’une ville recomposée. Architecture et urbanisme 1789-1914, Lyon, Editions lyonnaises d’Art et d’Histoire, s. d., en particulier le chapitre 4 : « La rive gauche : de nouveaux territoires pour une « ville nouvelle » ».

Chuzeville, Sylvain. Vie, œuvre et carrière de Jean-Antoine Morand, peintre et architecte à Lyon au XVIIIe siècle. Thèse de doctorat : université Lumière-Lyon 2, 2012. 1 vol. (500 p.).

Dagier, Etienne. Histoire chronologique de l’hôpital général et grand hôtel-dieu de Lyon, Lyon, 1830.

Morand de Jouffrey, Jean Antoine Marie. « La vie et l’œuvre de Jean Antoine Morand », édition du texte écrit par son arrière-petit-fils Jean Antoine Marie Morand de Jouffrey, in Hommage à Morand, à l’occasion du prêt à usage des papiers Morand de Jouffrey, études par Jeanne-Marie Dureau, Claude Mermet, Marie-Félicie Pérez, Lyon, Archives Municipales, 1994.

Reynard, Pierre Claude. Ambitions Tamed. Urban Expansion in Pre-Revolutionary Lyon, Ithaca, N.Y., McGill-Queen’s University Press, 2009.

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Antoinette Levet, ép. Morand (1734-1812)

Dans la correspondance

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Note biographique

Antoinette Levet est née à Lyon le 17 décembre 1734 ; elle a été baptisée le 18 décembre à la Platière ; elle est décédée le 28 février 1812 à Grenoble.

Son père, Etienne Levet, était conseiller au parlement de Grenoble. Il était lui-même le fils d’un notaire né en 1687 à Lyon, prénommé également Etienne. Sa mère était Louise Demouchy.

Antoinette se marie en 1759 avec Jean Antoine Morand. Le couple aura deux enfants, Antoine, né en 1760 ; et Eléonore, née en 1762.

C'est grâce à sa dot que le couple parvient à se constituer un important patrimoine tout en investissant dans des constructions qui deviendront fortement productives (tel le pont Morand), ce qui lui permettra de se hisser parmi les grandes fortunes de Lyon.

Très impliquée dans la carrière de son époux, Antoinette prend en charge une grande partie de la gestion des affaires, de la surveillance des chantiers, et de la constitution du réseau d'interconnaissance nécessaire aux négociations liées au pont ou à l'aménagement des Brotteaux. C'est elle qui, dans la famille, assure l'éducation et l'instruction de ses enfants. Elle a en charge également l'économie domestique d'une maisonnée formée de la famille et de quelques serviteurs.

Quelques années après le décès de son époux, elle quitte Lyon pour s'installer à Grenoble, non loin de chez sa fille. Elle continue à correspondre avec son fils Antoine qu'elle conseille dans la gestion du pont et dans ses relations avec les alliés politiques de Lyon et de Paris.

Sa correspondance est l'une des plus riches du fonds Morand. On a conservé les lettres qu'elle échange avec son fils Antoine lorsque celui-ci est envoyé, à l'âge de 11 ans, un an en pension ; puis de 15 à 18 ans, trois ans dans un collège parisien où il fait ses études de droit. On a également, ce qui est plus rare, conservé le courrier qu'elle envoie à son mari lorsque celui-ci se déplace en Italie ; enfin, on a toute la correspondance qu'elle échange avec Antoine devenu adulte, mari et père, et surtout héritier du pont et des Brotteaux. Cette correspondance de plusieurs centaines de lettres est en cours de retranscription ; elle offre un tableau précis de la vie d'une mère et épouse de la bourgeoisie lyonnaise, à l'interface entre la maîtrise des affaires politiques et sociales, la responsabilité du travail parental et l'orchestration de la gestion domestique.

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Eléonore Morand, ép. Besson (1762-1805)

Dans la correspondance

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Note biographique

Louise, Jeanne, Eléonore est née en 1762. Elle est la fille de Jean Antoine Morand et d’Antoinette Levet, et la sœur d’Antoine Morand de Jouffrey.

Extrait du journal d'Antoine :

    « Le … février 1762 ma mère accoucha d’une fille qui fut baptisée sous les noms de Louise, Jeanne Eléonore dans la même paroisse que moi. Elle fut nourrie à Couson sur les bords de la Saône mais elle ne fut pas élevée avec autant de soin que moi, on la remit dans un état de dépérissement qui fit craindre à ma mère de ne la pouvoir pas conserver, à quatre ans elle ne marchait pas, et il a fallu tous les soins de ma mère pour avoir pu l’élever. Ma mère courait risque de perdre la vie en la donnant à sa fille, ses couches furent suivies d’accidents qui la réduisirent dès ce moment au même état où se trouvent ordinairement les femmes âgées de cinquante ans et empêchèrent l’augmentation de la famille. »

Eléonore est éduquée et instruite par sa mère Antoinette jusqu'à son mariage. C'est une enfant appliquée, d'une santé délicate, qui reçoit une instruction solide en orthographe, grammaire, algèbre et géométrie, ainsi qu'en histoire et géographie. Elle prend également des leçons de danse et de clavecin. Elle montre, d'après sa mère, des dispositions pour le dessin.

Extrait d'une lettre d'Antoinette, sa mère, à Antoine :

    « J’assure que l’éducation sérieuse que j’ai reçue  m’a empêchée de n’être que frivole, m’a donné un peu de tournure aux affaires et de la satisfaction lorsque j’ai bien empli ma journée. Mais il est rare que cela m’arrive, ma tâche est à présent de bien élever ta sœur c’est à quoi je travaille, je n’en ferai jamais une savante elle est bien un peu la sœur de son frère pour l’application, mais on dispense les femmes de l’être, tu as voulu qu’elle te donnât de son orthographe, tu seras satisfait. Mais je te promets plus de peine à déchiffrer ce qu’elle t’écrit que tu en as à commenter tes auteurs les plus difficiles... ».
    8 décembre 1775.

Quelques jours plus tard, elle ajoute :

    « Elle étudie beaucoup, son esprit se développe, elle devient fort intéressante, elle est je t’assure bien raisonnable, comme elle ne me quitte point elle ne s’ennuie point dans la chambre, elle n’a pas le moindre désir de sortir, sa taille se développe, elle est toujours en petit caraco qui lui sied très bien... »
    15 décembre 1775.

En 1777, alors qu'Eléonore a 15 ans, sa mère écrit :

    « Tu as raison de désirer que ta sœur s’applique au dessin, cependant elle ne s’en occupe pas encore elle le prendra dans la belle saison, dans ce moment elle est toute à l’étude de son clavecin, comme elle ne m’a pas paru avoir de grandes dispositions, je me suis décidée à lui faire prendre leçon tous les jours, et à l’étudier beaucoup pour qu’en conséquence elle y fasse des progrès, ou qu’elle l’abandonne, il me semble que cela me réussit et qu’elle commence à se débrouiller, le reste de son temps est occupé par l’étude de sa grammaire, de l’histoire, de sa géographie, en sorte qu’il ne lui reste pas deux heures de temps pour les ouvrages de son sexe, mais comme elle a beaucoup d’adresse, cet article ne m’inquiète point. Je t’assure que sans être au collège son temps est bien employé. Je me flatte même que quoique son éducation soit très fort retardée, trois années employées de même en feraient un fort joli petit sujet, nous t’attendons pour les hautes sciences, car tu sais bien que lorsque dans ton enfance je t’ai enseigné les premiers éléments je t’ai fait promettre de me rendre avec usure cette instruction lorsque tu serais grand. Lorsque tu seras hors du collège tu pourras apprendre avec ta sœur la langue italienne, lui enseigner un peu d’algèbre et de géométrie, si sa tête le comporte et qu’elle y ait un peu de goût, je lui donne une légère idée des premières figures de géométrie pour l’intelligence de sa sphère. »
    22 février 1777.

Eléonore se marie en 1786 avec Paul Bertrand de Besson. Le couple, qui vit place aux Herbes à Grenoble, aura trois enfants : Olimpe, Auguste et Louise. Elle décède en décembre 1805 des suites d'un cancer.

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Antoine Morand de Jouffrey (1760-1838)

Dans la correspondance

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Note biographique

Antoine Morand de Jouffrey naît le 1er mars 1760 à Lyon. Il est le fils de Jean Antoine Morand et d'Antoinette Levet. Il se marie le 26 avril 1785 avec Magdeleine Guilloud – c'est à ce moment-là qu'il joint à son patronyme la particule « de Jouffrey ». Le couple aura trois enfants : Albine, née en 1786 ; James, né en 1787 ; Eléonore, née en 1795. Il décède le 22 février 1838 au château de Machy, dans la commune de Chasselay, au nord de Lyon.

Antoine est celui dont a été conservé le plus grand nombre de lettres dans la correspondance de la famille Morand de Jouffrey, à cette époque de leur histoire. Il en est donc l'un des personnages principaux.

Antoine fut un enfant choyé. Choyé par une nourrice qui, par chance, a su le rendre en bonne santé à ses parents, comme il l'écrit lui-même dans ses mémoires :

    « J’ai été mis en nourrice à Lyon chez une femme fort jeune et fort jolie. Son mari trouvant que trop de personnes venaient me voir et voyant avec jalousie que j’attirais trop de visites à sa femme, engagea ma mère à me retirer, on me fit nourrir par une nommée Montet au château de Champvieux à Saint Germain, les dames … possédaient alors ce fief et je fus élevé avec les plus grands soins et remis à mon père et ma mère dans le meilleur état possible. »
    Journal d’Antoine, cote 14 ii 028.

Placé en pension dès l'âge de 11 ans, il tombe malade et doit renoncer, pour quelques années, à vivre loin du domicile familial. C'est seulement à l’âge de 15 ans qu'il se résigne à quitter ses parents pour mener ses études de droit à Paris. Mais la séparation est douloureuse, comme en témoigne cette lettre d'Antoinette à son fils, en décembre 1775 :

    « Tu as eu dans quelques unes de tes lettres un air de découragement qui m’inquiétait presque, serais-tu comme ces nigauds de Lyonnais qui ne savent pas quitter le clocher de Fourvière ? Et sitôt prendrais-tu la maladie du pays ? tu me rassures par ta dernière, l’expérience que tu as eue des différents partis que nous avons pris pour ton éducation doivent bien te persuader. Quoique tu es au mieux possible. Je ne puis que te savoir gré d’être fâché de ne me pas voir ainsi que tout ce qui t’est cher mais comme il n’est que trop prouvé que l’éducation privée ne vaut rien (...), il nous faut prendre notre parti et songer que tu es à la source du savoir, qu’en y sachant puiser tu te ménages des moyens de parvenir dans l’état que tu entreprendras, que le savoir ménage ses consolations dans l’adversité, nous rend utile aux autres et nous distingue de la multitude. »
    8 décembre 1775.

Antoine est reçu avocat en 1779, à 19 ans. Un an auparavant, et contre l'avis de ses parents, il a acquis un vaste domaine agricole. Il s’agit d’un petit château, situé dans la campagne au nord de Lyon, à une quinzaine de kilomètres (c'est-à-dire à deux bonnes heures de route) de la ville, entre Chasselay et Poleymieux, au lieu dit Machy. Cet endroit, où il se rendra chaque été jusqu'à sa mort, restera pour lui le lieu où il trouvera repos et réconfort ; cet attachement lui vaudra le premier et principal conflit avec son épouse Magdeleine, désireuse de s'en séparer après le décès de leur fille aînée, Albine. Le château existe encore, bien qu'il n'appartienne plus à la famille depuis la fin des années 1970.

Antoine se marie en 1785 avec Magdeleine Guilloud. Il est l'héritier universel de ses parents, à la tête d'un patrimoine considérable, constitué principalement d'actions sur le pont de bois sur le Rhône, et de la propriété d'un vaste terrain partiellement loti, les Brotteaux. La Révolution, en détruisant son patrimoine, va le ruiner partiellement et l'obliger à entreprendre de multiples démarches pour obtenir des dérogations de taxes ; il s'agit de couvrir les frais de la reconstruction du pont, construction privée d'intérêt public justifiant un effort de l'Etat en la matière.

Comme la plupart des familles aisées de l'époque, le couple partage son temps entre le château à la campagne, investi pendant les beaux jours, généralement de mai jusqu'en décembre ; et un appartement loué, au centre de la ville, plus confortable et plus facile à chauffer pendant les mois d'hiver ; il y vit avec les enfants et deux à trois domestiques qui logent à domicile. Dans les premiers temps de leur mariage, Antoine et Magdeleine vivent au n° 9 de la rue du plat, non loin de la place Bellecour, signifiant par cette inscription dans l'espace lyonnais leur appartenance à l'aristocratie. A la mort de Jean Antoine, ils s'installent au n°66 de la rue Saint Dominique, l'actuelle rue Emile Zola, non loin elle aussi de la place Bellecour. Enfin, après le décès d'Albine, ils louent un appartement rue des deux maisons, dans le même quartier. Lorsqu'il doit se loger à Paris, lors des quatre séjours effectués au nom de la Compagnie du Pont (1796, 1801, 1802, 1807), Antoine réside soit à l'hôtel Ménars, rue Ménars ; soit à l'hôtel du Portugal, rue du Mail. Ces hôtels sont tous deux situés à proximité du Palais Royal, lieu de prédilection des hommes et des femmes en quête de divertissement à l'époque (spectacles, restaurants, jeux, courtisanes, etc.) et du théâtre du Français auquel il fait parfois référence (par exemple dans sa lettre du 15 avril 1807 à Magdeleine).

Physiquement, Antoine a les caractéristiques de l'amateur de bonne chère. A trente ans, il se décrit « rond comme une boule ». Il ne perdra plus cet embonpoint, malgré les souffrances que lui cause la goutte, et malgré les régimes auxquels son médecin, Louis Vitet, l'astreint régulièrement. Antoine se montre un époux amoureux et un père attentif. Il manifeste son désir et son attachement pour Magdeleine à de nombreuses reprises, presque dans toutes ses lettres. Il est sensible et ne cache ni ses émotions, ni ses sentiments :

    « … si je revenais à vingt-cinq ans je ne voudrais travailler à être plus aimable que pour attacher à mon existence par des liens plus longs encore et plus sûrs s'il est possible, l'être cher qui m'attache à la vie et m'y fait trouver tant de charmes ; je ne pourrais t'aimer davantage mais j'aurais l'espoir d'ajouter encore à ton amour pour moi ; je ne redeviendrai pas jeune mais la douce espérance d'être toujours tendrement aimé de la meilleure moitié de moi-même ne m'abandonnera qu'avec la vie. (...) »
    10 juillet 1801.

C'est un père soucieux de connaître la mode enfantine, de rapporter des présents à ses enfants, lorsqu'il est en voyage à Paris ; il s'inquiète régulièrement de leur santé, et s'implique dans les choix importants (vaccination ou inoculation ?) comme dans les choix plus bénins concernant par exemple l'alimentation des nourrissons. Il semble être une figure paternelle plus proche des enfants que ne l'était son père, véritable figure tutélaire pour laquelle il ressentait crainte et admiration. Antoine est très lié à sa mère. Un conflit violent, aux conséquences importantes, va les opposer à l'occasion de l'héritage de son père Jean Antoine. Le conflit est double. C'est d'abord un procès qui l'oppose à sa mère à propos de revenus que la dévastation de leur propriétés a réduits à néant. Un procès au terme duquel Antoine devra verser une rente trimestrielle sur le paiement de laquelle ils ne cesseront de se chercher querelle. C'est ensuite une dispute autour de l'accès à l'appartement parental, qui conduit Antoinette à quitter définitivement Lyon pour vivre à Grenoble auprès de sa fille Eléonore.

Malgré ce différend qui les opposera jusqu'à la mort d'Antoinette, ils garderont un lien épistolaire doublement nécessaire, tant du point de vue des affaires du pont que du point de vue affectif. Il sera auprès d'elle lorsqu'alitée, se sachant mourante, elle le fera venir à Grenoble pour vivre ses derniers jours.

Carrière d'Antoine Morand de Jouffrey :

  • Reçu avocat au parlement de Paris en 1779.
  • Pourvu de la charge de Procureur du roi au titre des finances de la généralité de Lyon en 1785.
  • Pendant le siège de Lyon, il est appelé par la section de Saône à la présider, après avoir été lieutenant des grenadiers. Mis nominativement hors la loi, il fuit devant l’armée révolutionnaire et se soustrait aux poursuites en s’installant à Briançon.
  • 1793-1794 : chargé de l’approvisionnement de l’armée, à Briançon, où il s’est réfugié pour échapper à la répression.
  • Le 24 octobre 1795 : élu juge au tribunal du département du Rhône.
  • Décembre1800-1814 : membre du conseil municipal de Lyon.
  • « Il fut oublié lors de l’organisation de la cour d’appel », oubli réparé par l’intervention de Napoléon Bonaparte lui-même, d’après le récit qu’en fait Antoine dans une « note remise à M. de Satonnay le 6 février 1810 » (cote 14 ii 027).
  • 1802-1808 : administrateur des hôpitaux de Lyon
  • 1803 : obtient une place de juge auprès de la cour d’appel (place qu'il occupe jusqu'en 1810)
  • 1802-1809 : nommé membre du conseil général du département et du conseil de la commune de Lyon par Napoléon, le 29 germinal an 10 pour remplir la fonction de juge au tribunal d’appel séant à Lyon, pour remplacer le citoyen Blanc.
  • Président du canton de Limonest
  • Membre du collège électoral du département du Rhône
  • Chevalier de la légion d'honneur en 1810.
  • Recteur des hospices civils
  • Membre du jury des Ecoles chrétiennes (au moins jusqu'en 1821)
  • Antoine prend sa retraite en 1822.
  • Edification du monument des Brotteaux, commémorant les morts de 1793
  • Création de la place Louis XVI

Références bibliographiques

Anne Verjus et Denise Davidson, Le roman conjugal. Chroniques de la vie familiale à l'époque de la Révolution et de l'Empire, Seyssel, Champ Vallon, 2011.
Denise Davidson et Anne Verjus, "Generational Conflict in Revolutionary France : Widows, Inheritance Practices, and the "Victory of Sons"", The William and Mary Quarterly, 2013.

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Marie Magdeleine Guilloud, ép. Morand de Jouffrey (1766-1847)

Dans la correspondance

Retrouvez Marie Magdeleine Morand de Jouffrey, dite Magdeleine Morand de Jouffrey, cité(e) dans la correspondance.

Note biographique

Magdeleine Guilloud est née le 7 avril 1766 à Lyon. Elle est la fille de Jean Antoine Guilloud, négociant et capitaine commandant du bataillon de Saint Georges, et de Marie Tempier.

Elle se marie en 1785 avec Antoine Morand de Jouffrey. Le couple aura trois enfants : Albine, née en 1786 ; James, né en 1787 ; Eléonore, née en 1795. Elle décèdera au château de Machy, dans la commune de Chasselay, au nord de Lyon, en 1847.

Magdeleine, orpheline de mère depuis l’âge de 9 ans, a vécu une grande partie de sa jeunesse dans la maison de sa tante, située derrière la place des Terreaux, à l’angle de la rue de la Déserte et de la mal famée rue des Bouchers (la rue des Bouchers, actuelle rue Hippolyte Flandrin, était connue pour ses maisons closes). Elle est l’héritière d’une fortune très importante, composée de deux héritages : celui de sa mère Marie Tempier, dont elle est la fille unique et celui de sa tante maternelle, dont elle est aussi la seule nièce. Son père, un riche négociant lyonnais, lui a constitué une formidable dot de 60 000 livres. C’est cette dot qui permet à cette jeune bourgeoise de s’allier avec l'unique fils des Morand, comme le laisse entendre Jean Antoine Morand dans une lettre à un ami, alors qu’il évoque la naissance de sa première petite-fille :

    « A propos de bonheur, je suis grand-père d’une fille depuis hier matin à 7 heures. Si cette petite fille ressemble à sa mère, mes vœux seront comblés, car mon fils a trouvé dans sa femme toutes les qualités essentielles où nous n’avions vu d’abord les uns et les autres que beaucoup de fortune. »
    18 avril 1786.

Magdeleine est une femme dont on sait peu de choses. Ses lettres ont, pour la plupart, été brûlées. On ne la rencontre, dans cette correspondance, qu'à travers le regard que porte sur elle son mari, Antoine ; soit quand il s'adresse à elle, soit quand il parle d'elle à sa mère Antoinette. Les rares lettres qu'on a conservées d'elle sont ses lettres de mère, adressées à James ; ainsi que les lettres qu'elle écrit à sa belle-mère à l'occasion de la négociation du mariage d'Albine, sa fille aînée.

Magdeleine, comme avant elle sa belle-mère Antoinette, est une femme qui prend une large part aux activités économiques et politiques de la famille. Il semble que le goût et ce talent pour les affaires lui soient venus au moment de la fuite en exil de son époux Antoine. Voici comment celui-ci s'adresse à elle, alors qu'il est réfugié à Briançon et qu'elle est restée à Lyon pour s'occuper des enfants et de leur domaine agricole de Machy :

    « J’approuve infiniment ta manière généreuse d’agir, il n’y a pas à hésiter dans de pareilles occasions et je crois que tu n’as pas douté que ton bon ami n’applaudît au parti que tu prenais ; une fois pour toutes, rends-lui compte de ce que tu fais parce que rien de ce qui te regarde ne peut lui être indifférent, mais fais, défais, achète, vends, ainsi que tu le croiras plus convenable aux intérêts de la communauté et surtout des petits, c’est maintenant toi qui tiens le gouvernail, tu sais éviter la tempête dans des moments  bien orageux, et le petit vaisseau  a gagné à changer de conducteur. Au reste ma bonne amie, je n’avais pas besoin de toutes ces circonstances, pour avoir en toi cette entière confiance, je le devais à ton ordre et à tes vertus, et dans aucun temps, je ne crois pas qu’il me soit arrivé de ne pas trouver fort bon tout ce que tu faisais, il n’est qu’une chose que tu as soin d’excepter aussi, de celles que tu as été obligée de faire, j’avoue que de tous les biens, c’est celui auquel j’attache le plus de prix, mais comme tu le sais, je suis tranquille à cet égard et ai pour garants de ta conduite, tes principes et ton attachement pour moi ; nous avons trop de tendresse l’un pour l’autre pour avoir jamais aucun reproche à nous faire sur cet article, sensibles comme nous le sommes tous les deux, le plus léger doute suffirait pour anéantir le bonheur de tous les deux. (…) »
    30 août 1794.

A chaque fois qu'Antoine s'absentera, ce qui arrivera à maintes reprises, sur des périodes pouvant aller jusqu'à plusieurs mois, elle lui servira d'agent de liaison (il parle de « fondée de pouvoir ») c'est à dire d'intermédiaire auprès de leurs réseaux lyonnais, pour faire passer un dossier auprès du préfet par exemple ; se rendre à un souper et recueillir des informations utiles aux affaires du pont ; elle organise également ce qu'ils appellent des « dîners de veuve », c'est-à-dire des dîners au cours desquels elle reçoit seule des acteurs politiques nécessaires à leurs affaires, afin d'obtenir ou de solidifier des alliances.

C'est elle également qui s'occupe de l'éducation et de l'instruction de James jusqu'à ce qu'il entre au collège ; et d'Albine et Eléonore jusqu'à leur mariage. C'est elle que sa belle-mère félicite lorsqu'elle constate les progrès effectués par les enfants. Enfin, c'est elle également qui joue le rôle d'intermédiaire dans les négociations pour le mariage d'Albine. De ce point de vue, il y a une forte similarité entre les deux femmes de la famille, sur deux générations. La seule différence notable et conséquente étant que Magdeleine, suivant les préceptes de Rousseau, a allaité ses enfants alors qu'Antoinette les a placés en nourrice pendant plusieurs années.

Références bibliographiques

Verjus, Anne et Davidson, Denise. Le roman conjugal. Chroniques de la vie familiale à l’époque de la Révolution et de l’Empire, Seyssel, Champ-Vallon, 2011.

Verjus, Anne. "Une informalité ordonnée : les « dîners de veuve » du couple Morand de Jouffrey", in Le Gall, Laurent, Offerlé, Michel et Ploux, François (dir.). La politique sans en avoir l’air. Aspects de la politique informelle XIXe-XXIe siècle, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2012, pp. 209-224.

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Albine Morand de Jouffrey (1786-1807)

Dans la correspondance

Retrouvez Albine Morand de Jouffrey cité(e) dans la correspondance.

Note biographique

Antoinette Albine est née le 17 avril 1786 à Lyon. Elle est la fille d'Antoine Morand de Jouffrey et de Magdeleine Guilloud.

On ne sait rien de la vie d'Albine avant 1794, date de la première séparation entre son père Antoine et le reste de la famille.

C'est surtout par les lettres de sa grand-mère Antoinette qu'on découvre la personnalité et quelques traits physiques de la petite, puis de la jeune fille. C'est une enfant prématurée, ne cesse-t-elle de répéter. Elle est élevée par sa mère et ne connaîtra jamais la pension. Elle est instruite en orthographe, géographie et latin. Elle reçoit une instruction religieuse de sa mère ; elle prend également des leçons de forte piano et de dessin, pour lesquels elle montre, d'après sa famille, beaucoup de talent. Il n'est pas question d'en faire une professionnelle. Néanmoins son père veille à ce qu'elle puisse atteindre un niveau assez élevé pour « son plaisir, son occupation surtout et l'agrément des siens » :

    « ...je crois bien entre nous, écrit Antoine Morand de Jouffrey, que le dessin nuit un peu au piano, je ne peux pas dire que j’en suis bien fâché, cependant comme elle avait vraiment de la facilité pour l’un et pour l’autre, mon intention est bien qu’elle continue le piano de manière à ne jamais l’abandonner et à devenir après bonne musicienne pour pouvoir convoiter l’accompagnement, cela seul peut y attacher, quant à la perfection dans l’exécution, il faut trop de temps et une trop grande continuité d’application, au reste il y a maintenant des choses si étonnantes en fait de talents, qu’il faut se borner à les avoir pour son plaisir, son occupation surtout et l’agrément des siens mais ne pas avoir la prétention d’être remarquée ni citée.
    Je vois avec plaisir que vous avez été contente du petit Saint-Jean et que les tatan l’ont été, je l’avais vu bien avancé, elle a beaucoup de facilité et une grande propreté dans ce qu’elle fait, mon intention est qu’elle passe cette année à dessiner beaucoup d’après la bosse, c’est vraiment ce qui forme, elle est assez jeune pour pouvoir ensuite adopter un genre et chercher à y devenir d’une certaine force. J’avoue que je tiens plus à cela qu’au piano, mais je ne lui dis point.»
    Antoine Morand de Jouffrey à sa mère Antoinette Morand, le 29 avril 1801 (Albine a 15 ans).

On a peu d'éléments sur son apparence physique ; il semble qu'elle souffre d'une légère disgrâce, (rougeurs et boutons) au milieu du visage, qui incommode sa famille au point de consulter régulièrement les médecins sur la question. On envisage toutes sortes de médecines, des sangsues à la vésication en passant par les bains de lait d'ânesse (voir lettres des 2 et 13 juin 1801). Les inquiétudes se dissipent lorsqu'elle atteint sa 19 ème année, comme en témoigne une lettre d'Antoine à son épouse en 1804 :

    « Albine se porte bien, le voyage [jusqu'à Grenoble] ne l’a point fatiguée ou très peu, ma mère et ma tante ont trouvé une grande différence dans son teint, l’abbé de Montauban avec lequel j’ai eu le plaisir de dîner hier, me dit avec l’intérêt de la bonne amitié qu’il la trouvait parfaitement bien et qu’il voyait avec grand plaisir que ce qui me donnait quelque inquiétude lorsqu’il la vit à Lyon était entièrement dissipé. Je ne doute donc pas ma bonne amie que ta fille ne jouisse de tous ses avantages dans le moment où cela est le plus nécessaire pour une demoiselle, et que tu ne dises être parfaitement rassurée à cet égard. »

Au printemps 1805, les parents effectuent les premières démarches pour la marier. Un premier prétendant est contacté à Grenoble. Durant tout l'été, Antoinette va servir d'intermédiaire entre les deux familles. Trop d'obstacles se présentent à Albine, qui tergiverse et finit par tomber malade. Elle se marie finalement avec un voisin, Honoré Boeuf de Curis, à Chasselay, le 12 novembre 1805 :

    « C’est hier, ma chère maman, qu’Albine a changé d’état, elle est bien venue ce matin déjeuner avec nous, est-elle ou non Madame c’est ce que je ne vous dirai pas je suis trop discret pour faire à cet égard des questions, mais elle a un air d’étonnement et de satisfaction qui s’explique et qui me fait grand plaisir. Nous avions très peu de monde et cependant assez pour garnir ma salle à manger qui ne répond pas au salon ; nous aurons des cousins demain jeudi ; les Poleimieux Dellecise et dimanche quelques autres personnes du voisinage et de la ville, lundi nous allons faire notre entrée à Curis, et ensuite reviendrons à Machy où ma femme compte rester et garder Mad. Albine jusqu’à la noël. Tout s’est très bien passé hier on nous a traités en gens qu’on aime, les jeunes gens ont formé une garde à cheval qui est venue prendre ma fille et qui l’a raccompagnée à Machy en sortant de l’église ; les boîtes et les pistolets et les cloches faisaient à notre approche de Chasselai un bruit qui avec le cortège que formaient les voitures et la cavalerie avaient rassemblé, malgré que ce fut un jour ouvrable, la plus grande partie des habitants de notre bourg. La cérémonie de bénédiction s’est donnée dans ma chapelle dépendante de l’église de Chasselai, M. Navarre a fait la cérémonie, prononcé un très joli discours et plein de choses agréables pour les deux familles et dit la messe, M. le curé qui est très sensible à ce souvenir de ma tante a mis dans tout cela la plus grande complaisance. »
    Lettre d'Antoine à sa mère Antoinette, le 13 novembre 1805.

Le couple aura une fille, Azélie, née le 1er septembre 1806. Albine décède le 8 juillet 1807 à l'âge de 21 ans, probablement des suites de ses couches.

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Aimé Jean-Jacques Morand de Jouffrey (1787-1843)

Dans la correspondance

Retrouvez Aimé Jean-Jacques Morand de Jouffrey, dit James cité(e) dans la correspondance.

Note biographique

Aimé Jean Jacques Morand de Jouffrey est né à Lyon le 16 septembre 1787. Sa famille l'appellera toujours James.

Comme de sa soeur Albine, on ne sait rien de la vie de James avant 1794, date à laquelle son père fuit en exil et entame sa première correspondance avec sa femme Magdeleine et sa mère Antoinette.

Lorsqu'il a 11 ans, comme son père au même âge, ses parents lui cherchent une pension à Lyon (voir la lettre d'Antoinette du 4 juillet 1798) ; la période est mal choisie. Les « écoles particulières, maisons d'éducation et pensionnats » sont sur la sellette, susceptibles d'être fermés à tout moment s'ils ne satisfont pas aux critères de l'inspection municipale qui leur est imposée (voir l'arrêté du Directoire exécutif du 17 pluviose an 6 – 5 février 1798) :

    « James nous retient à Lyon ; dans ce moment, on ne veut prendre de pensionnaire nulle part par la crainte d’être obligés de se séparer par l’obligation de se conformer strictement à la loi ; on m’a fait la même réponse et en Vaise et à Saint-Just, il faut espérer qu’on leur laissera un peu de tranquillité et surtout de liberté et que je pourrai me débarrasser de mon fils dont sans cela je ne saurai que faire... ».
    Lettre d'Antoine à sa mère Antoinette, le 18 juillet 1798.

Antoine avait fort mal vécu sa vie en pension, au collège de Thoissy, dans l'Ain. Il était tombé malade et avait été « rapatrié » dans sa famille, qu'il n'avait plus quittée jusqu'à l'âge de 15 ans. L'éloignement de son petit-fils réveille ces anciens souvenirs chez Antoinette, qui se souvient avec émotion de ce moment :

    « ...j’ai lu avec le plus grand plaisir la lettre de James ; je lui sais bien bon gré de m’avoir écrit de son pur mouvement ; l’attachement qu’il témoigne au maître qui l’a enseigné, le désir qu’il a de s’appliquer et de s’instruire, la raison avec laquelle il quitte la maison paternelle, tout annonce et prouve son heureux naturel. Cet aimable enfant ne peut que se faire aimer et vous donner toutes sortes de satisfactions. La maison d’instruction où vous le placez paraît devoir mériter la préférence. Il est à désirer qu’elle puisse subsister. Je prends bien part au chagrin de Mion [Magdeleine], d’Albine, et à celui que vous tâchez de dissimuler. Ce n’est pas sans attendrissement que j’ai lu cet article de votre lettre, il m’a rappelé celui que vous me causâtes lorsque je vous mis au collège de Thoissy. Tout ce qui m’a touchée vivement s’efface difficilement de ma mémoire et de mon cœur. »
    Lettre d'Antoinette à son fils Antoine, le 12 août 1798.

Un mois après, Antoinette aura cette réflexion qui en dit long sur la souffrance des jeunes garçons en pensionnat :

    « ...je ne suis pas étonnée que mon pauvre James souffre beaucoup loin de la maison paternelle et que comme son père il n’emploie les mêmes ruses pour y revenir ayant les mêmes raisons pour la regretter et la désirer. Je ne puis cependant qu’approuver votre courage car je sais par expérience ce qu’il en coûte. »
    Lettre d'Antoinette à son fils Antoine, le 13 septembre 1798.

La pension va être détruite (lettre d'Antoinette, 18 octobre 1798), à la grande joie de James et de Magdeleine. Il sera instruit à domicile jusqu'en décembre 1799, date à laquelle il reprend le chemin du collège - celui de la Croix-Rousse cette fois - pour le quitter à nouveau plusieurs mois, suite à une mauvaise entorse.

Il y apprend notamment le latin. Ses parents, parce que les temps ont changé, mettent un soin extrême à son éducation : il faut, dit son père :

    « le faire indépendant par l’éducation qu’on lui donnera en le mettant dans le cas de réussir dans un état rendant est le plus grand service que nous puissions lui rendre ; je t’assure qu’on est étourdi ici de toutes les connaissances que réunissent de très jeunes gens, c’est le pays des extrêmes en tout et où les arts les sciences et les connaissances en tout genre sont cultivés avec le plus grand succès à côté de gens tout-à-fait frivoles et de la plus grande inutilité. »
    Antoine à Magdeleine, 23 mai 1801.

C'est, de l'avis de son père, un enfant appliqué dans ses études, mais d'un tempérament « trop doux ».

En mars 1802, la décision est prise de l'envoyer poursuivre ses études à Paris. Il tombe malade, et doit être rapatrié à Lyon, qui ne dispose pas encore de lycée à cette époque, au grand dam d'Antoine. Il faut attendre 1804 pour le voir intégrer le Collège des Sciences et des Arts. C'est, à l'époque, un garçon de taille haute, qui dépasse son père. Il manifeste une sensibilité exceptionnelle au moment des examens :

    «...il a eu [raconte sa mère] un prix en Mathématique, un de dessin et un accessit en latin, il n’a pas été heureux sur ce dernier article, l’envie de très bien faire à la dernière composition l’a troublé et lui a ôté la première place, jusqu’à la fin il avait espéré un prix comme ayant été le plus souvent premier dans tout le cours de l’année, cela le regardait absolument, mais le prix ne s’est pas donné, ce qui lui a fait un gros chagrin ; c’était un des plus agréables et il l’avait bien mérité.»
    Lettre de Magdeleine à Antoinette, le 30 avril 1804.

Une école de droit va s'ouvrir à Grenoble. Après avoir un moment hésité entre la carrière militaire et une profession « moins orageuse », il opte pour cette dernière.


Diplôme de James reçu Docteur en Droit

A partir de février 1806, il travaille tous les matins aux côtés d'un procureur, à Lyon. Il est prévu qu'il se rende, l'année suivante, à Grenoble pour se livrer à l'étude du droit. Il réussit ses examens en juillet 1807, quand survient le décès d'Albine. Après plusieurs mois passés auprès de ses parents, il reprend le chemin de Grenoble en novembre 1807. Ses études dureront trois années. Les examens sont, pour lui, un « tourment terrible » (lettre de Magdeleine à Antoine le 30 janvier 1810).

Il se marie le 14 mars 1816 avec Marie Ponthus (1795-1870), fille d’un conseiller au présidial de Lyon, Nicolas Ponthus, officier de la sénéchaussée de Lyon. Le couple aura trois enfants : Jean Antoine Marie, né en 1817 ; Benoît Edmond, né en 1819 et Louise Stéphanie, née en 1821.

Carrière de James :

  • Docteur en droit le 13 avril 1810.
  • Substitut du procureur impérial près le tribunal de première instance de Lyon (23 avril 1811)
  • Juge au tribunal de première instance de Lyon (23 décembre 1818)
  • Conseiller à la cour royale de Lyon (12 février 1823- 11 décembre 1826)
  • Procureur général du Roi près la Cour royale de Douai (11 décembre 1826-novembre 1829)
  • Procureur général du Roi près la Cour royale de Grenoble (17 novembre 1829-août 1830)
  • Il se fait remplacer militairement en 1807 et en 1836.
  • Chevalier de la légion d’honneur en 1828.

Aimé Jean Jacques, à partir de sa nomination comme Procureur général du roi près la Cour royale de Douai, a souffert de troubles dépressifs pendant une dizaine d'années. Le dossier administratif qu'a retrouvé l'historien Gabriel Garrote aux Archives nationales témoigne, par l'abondance de ses certificats médicaux, des maux continuels qui l'ont accablé entre 1827 et 1839.

Lors de ses trois années à Douai, il a souffert de « mélancolie hypocondriaque », mal qui d'après son médecin lui « rendait plus pénible toute fonction qui réclamait de lui de la fixité dans les idées et le courage de l'exécution » (Douai, 1834). Un second certificat, établi par un médecin de Lyon, évoque une jaunisse que James aurait contractée à Douai, à laquelle a succédé ce qu'il identifie comme une « affection nerveuse » (Lyon, 1836). Un autre certificat décrit le tempérament de James : « sanguin, excessivement nerveux, sujet dans son enfance à de fréquentes convulsions, et à des maux de tête qui se dissipaient par des hémorragies abondantes... (…). »

En 1827, obligé, pour occuper une place importante dans le gouvernement, de s'éloigner de sa famille, les réflexions auxquelles ce déplacement donna lieu, la longueur du voyage, 170 lieues, le séjour dans une contrée dont les mœurs, les usages n'étaient point en rapport avec ceux de son pays, développèrent chez lui la suite des symptômes suivants : douleur de tête, perte d'appétit, de sommeil, amaigrissement, enfin la jaunisse qui se dissipa au bout de quinze jours. La douleur se fit sentir très vivement dans l'hypocondre de gauche, se réfléchissant sur toute la région abdominale, et l'estomac, la maigreur continuait. Les phénomènes s'intensifièrent, continue le certificat médical ; à l'activité succédait l'abattement, le découragement, le dégoût de la vie, la méfiance de soi-même, cet état persistait 24 heures, et faisait place à un jour de tranquillité ou, au moins, infiniment plus calme. « On a placé le siège de cette maladie dans le cœur, dans la rate, attendu que les deux organes sont vivement, et presque constamment affectés, quant à moi, sans contester cette décision, je pense que tout le système vasculaire participe et est intéressé dans cet état morbide ; (…). » Une autre ordonnance stipule que le malade pourrait « beaucoup pour son rétablissement en disposant de calme de son esprit, en se livrant à quelque distraction agréable, en faisant un exercice convenable, et en faisant cesser tout ce qui partage et déchire son âme et le livre à l'anxiété et l'incertitude. Quant aux moyens médicinaux, ils ne doivent pas être bien nombreux, mais bien choisis : ils doivent consister en calmants ... ».

Ces certificats et ordonnances sont rassemblés dans le dossier BB/25/174 des Archives nationales. Merci à Gabriel Garrote pour ces informations.

Aimé Jean Jacques Morand de Jouffrey, dit James, décède prématurément à Machy le 5 août 1843, à l'âge de 55 ans.

Bibliographie

Sur l'arrêté du Directoire, voir Pasinomie ou collection complète des lois, décrets, arrêtés et réglements généraux qui peuvent être invoqués en Belgique..., par Isid. Plaisant, tome huitième, 1835, pp. 189-190.

Sur le collège des Sciences et des Arts, on pourra lire avec profit l'article de Marcel Dorigny, « Victor Lanneau, prêtre, jacobin et fondateur du Collège des Sciences et des Arts (1758-1830) », in Annales historiques de la Révolution française, 1988, n° 274, pp. 347-365.

Pour aller plus loin

La fille d'Aimé Jean Jacques Morand de Jouffrey et de Marie Ponthus de la Bourdelière, prénommée Louise Stéphanie Morand de Jouffrey, se marie en 1844 avec Louis Marie Etienne Marius de Thorigny. Le couple aura deux enfants : Louis Séverin Gabriel de Thorigny et Anatole Marie René de Thorigny.

Louis Marie Etienne Marius de Thorigny était le fils de François Bernardin Louis Leullion de Thorigny, (1775-1845) député conservateur du Rhône (1841-1842, puis 1842-1845) et de Marie Etiennette Gazanchon de Chavannes (mariés en 1809).

François Bernardin Louis Leullion de Thorigny était le fils d'Elisabeth Bruyas et de Louis Marie de Leullion de Thorigny, seigneur de Thorigny, lieutenant particulier au Présidial de Lyon, mort en 1818.

Référence : Généalogie des rivérieulx, pp. 201-202 (Disponible sur gallica). Voir aussi le site de l'assemblée nationale, une brève notice sur le député.

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Eléonore Morand de Jouffrey (1795-1876)

Dans la correspondance

Retrouvez Eléonore Morand de Jouffrey cité(e) dans la correspondance.

Note biographique

Eléonore Morand de Jouffrey est née le 14 novembre 1795 à Lyon. Elle est la fille d'Antoine Morand de Jouffrey et de Magdeleine Guilloud. On l'appelle toujours Léo. Elle se mariera en 1817 avec François Ponchon de Saint-André ; le couple aura cinq enfants.

    « Ma femme vient d’accoucher très heureusement d’une fille et à son grand regret, pour moi cela m’est à peu près égal et quand ma fille aînée sera mariée, je serai fort aise d’en avoir une qui la remplace auprès de moi, me voilà donc avec deux filles et un garçon, puisse l’avenir leur présenter un sort plus heureux que celui de leur père et surtout de leur infortuné grand-père ! Tout contribue, mon cher oncle, à me rappeler ici la perte affreuse que j’ai faite et j’avoue que mon cœur ni ma raison ne peuvent se faire à des idées aussi terribles. »
    Lettre d'Antoine à son oncle Morand, 10 décembre 1795.

Eléonore a presque dix ans d'écart avec son frère et sa soeur aînés. Enfant de la Révolution, elle naît à peine un an après le retour d'exil de son père. Celui-ci avait promis à son épouse de « doubler au moins leurs richesses » (30 août 1794). Mais le « petit-frère » attendu ne viendra pas :

    « Léo ne veut donc pas pondre des dents ; j’en suis d’autant plus fâché que cela va retarder le moment d’en débarrasser la nourrice ainsi que la naissance de son petit frère. »
    Antoine à Magdeleine, 31 août 1796.

Enfant choyée, « un peu gâtée », mais « caressante gaie et bien aimante » (15 novembre 1804), elle est sociable, a « besoin d'être entourée de tout son monde » (30 avril 1804), et montre un tempérament enjoué et égal sur lequel Antoine et Magdeleine vont s'appuyer lorsqu'ils devront affronter le deuil d'Albine. Une amie de la famille, Mme de Montherot, lui trouve « beaucoup de douceur, d'intelligence, de mémoire et un heureux naturel. » (Lettre d'Antoine à Antoinette, le 19 décembre 1807).

Comme sa soeur, elle prend des cours de piano, et se révèle d'une assez grande force ; à partir de l'âge de 14 ans, on lui donne des leçons de danse. Elle apprend à coudre avant d'apprendre à écrire – apprentissage qu'en outre elle effectue tardivement en raison de la maladie d'Albine, qui accapare leur mère :

    « Je suis bien aise de voir enfin Léo mettre la plume à la main, elle a été bien retardée dans ces circonstances, il faut espérer que son application et le désir de répondre aux soins de sa maman et aux leçons de ses maîtres lui fassent faire des progrès rapides comme on en doit faire à son âge. »
    Lettre d'Antoine à Magdeleine, 14 juin 1807 – Léo a 11 ans et demi.

Elle est, de l'avis de ses parents, une belle enfant qui ressemble à sa grand-mère Antoinette :

    « Vous me flattez mon fils lorsque vous me dites que notre petite Léo est jolie, et qu’elle me ressemble, cela ne peut être compatible. Mais je ne veux point vous détromper pour qu’en caressant la fille vous pensiez à cette mère qui vous aime si tendrement et dont le bonheur consistait à faire le vôtre. »
    Lettre d'Antoinette à son fils Antoine, 27 décembre 1799.

Elle aime jouer aux échecs, auxquels elle s'initie vers l'âge de douze ans :

    « Cette bonne petite, ma compagne de chambre est d’un caractère égal et heureusement assez gai ; elle a pris une fureur d’échecs, Honoré [son oncle] a bien de la peine à se défaire d’elle et pour moi elle m’a fait échec et mat deux fois hier ; je suis bien fâché de n’avoir pas un peu joué avec James parce que j’aurais pu quelques fois guerroyer avec toi et tu sens bien que malgré tous les progrès de Léo à ce jeu-là je ne me flatte pas de l’apprendre par ses leçons. »
    Lettre d'Antoine à Magdeleine, le 17 novembre 1807.

Eléonore se marie le 18 mars 1817 avec François Ponchon de Saint-André (1786-1861). Le couple aura 5 enfants : Antoine, né le 1er février 1818 à Lyon ; Mammès, né le 17 août 1819 ; Françoise, née le 26 octobre 1824 ; Louise, née le 20 février 1831 ; et Caroline, née vers 1835. Eléonore décède le 23 février 1876.

Françoise, son troisième enfant et sa fille aînée, née en 1824, décédera prématurément, comme sa tante Albine, à l'âge de 21 ans, en 1845.

Antoine Ponchon de Saint André, son fils aîné, se mariera en 1846 avec Marie Honorine Rambaud, petite-fille de Pierre-Thomas Rambaud, maire de Lyon (1818-1826).

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Paul Bertrand de Besson

Dans la correspondance

Retrouvez Paul Bertrand de Besson cité(e) dans la correspondance.

Note biographique

Paul Bertrand de Besson est né à Grenoble le 1er décembre 1757 de Bertrand Besson et de Marie Olimpe Catherine de Blosset.

Avocat et conseiller au Parlement de Grenoble entre 1781 et 1789.
Paul Bertrand de Besson se marie en 1786 avec Eléonore Morand. Le couple aura trois enfants : Olimpe (née en 1787), Auguste (né en 1790) et Louise. La famille vit, pendant les mois d'hiver, place aux herbes, à Grenoble, non loin du Palais de justice, où travaille Paul Bertrand de Besson ; c'est à proximité de la place aux herbes que se trouve également la rue Brocherie, où s'installe, à partir de 1798, la mère d'Eléonore : Antoinette Levet, épouse Morand.
Pendant les mois d'été, la famille se rend à Cossey, où elle possède une résidence (commune actuelle de Claix). Elle a pour voisins et amis la famille du procureur Romain Mallein, le frère du député Abraham Mallein.
On le trouve avec sa femme porté comme émigré sur la liste des notoirement suspects arrêtés en avril et mai 1793 (source : ici) ; cependant, il n'est pas fait explicitement mention de l'arrestation d'Eléonore dans la correspondance ici retranscrite.
Il est ensuite conseiller de préfecture de l'Isère (1811-1820), puis secrétaire général de cette préfecture jusqu'en 1830. En juillet 1815, il est nommé membre de la commission administrative établie par l'Intendant des armées alliées à Grenoble.
La famille de Blosset possédait, à l'époque de la Révolution, un patrimoine estimé à plus de 180 000 livres, comprenant notamment un domaine à Corenc et le château d'Arvilliers au pied du col de Vence.
Paul Bertrand de Besson était le petit-neveu de David de Blosset de Rochevive, conseiller au Parlement de Grenoble de 1779 à 1789. C'est également un proche de la famille Savoye de Rollin ; il est en effet porté comme témoin sur l'acte de mariage de Jacques-Fortunat Savoye de Rollin (que fréquente Antoine lorsqu'il est à Paris) et de Joséphine Périer, en 1788 (source : ici).
Les relations entre Paul Bertrand de Besson et Antoine sont houleuses en raison d'un différend au moment de l'héritage de Jean Antoine.

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Pierre Thomas Rambaud (1754-1845)

Dans la correspondance

Retrouvez Pierre Thomas Rambaud, dit Rambaud, cité(e) dans la correspondance.

Note biographique

Voir aussi sa biographie sur le site des Archives Municipales de Lyon.

Pierre Thomas Rambaud est né le 14 mars 1754 à Lyon. Avocat, issu d'une famille de notables lyonnais, il prend part à la Révolution en se plaçant du côté des partisans de Précy, au moment du siège de Lyon. Il réussira à échapper à la répression jacobine en trouvant refuge, comme Louis Vitet, en Suisse. Lui aussi sera élu député au Conseil des Cinq Cents en vendémiaire an IV, après avoir occupé la charge d'accusateur public au lendemain du 9 thermidor. C'est à ce moment-là qu'il apparaît dans la correspondance d'Antoine Morand de Jouffrey.

Dès 1796, Pierre Thomas Rambaud est cité comme l'une des personnes susceptibles d'appuyer la demande d'un financement public pour les réparations du pont. Il fait partie de la commission, avec les représentants Richaud et Nugue, composée par Pastoret pour examiner la question :

    « La commission est composée de Rambaud, Richaud et Nugue ; le second est dit-on celui qui était à Lyon avec Letellier, cependant je n’en ai pas encore la certitude parce que je n’ai pas pu le rejoindre, quant au représentant Nugue, il est de Vienne en Dauphiné, connaît bien ma famille et mon affaire, m’a témoigné le plus grand intérêt et il paraît que je dois de la reconnaissance à M. Pastoret pour la composition de la commission. »
    Lettre d'Antoine du 31 août 1796.

Rambaud ne réapparaît pas dans la correspondance jusqu'en 1801, date à laquelle Antoine lui confie une lettre à lui remettre, via son épouse (lettre du 22 février 1801). Antoine est alors, comme Rambaud, dans l'attente d'une place au tribunal.

Rambaud est nommé commissaire du gouvernement près le tribunal d'appel de Lyon par le premier consul. Il occupera ensuite la place de membre du conseil général du département du Rhône, puis de président de canton (source : dossier de la légion d'honneur de Rambaud). D'après Antoine, cet « ancien ami » « écrit très fort » en sa faveur alors qu'il est toujours en attente d'une place, en août 1801. Il lui faudra néanmoins attendre avril 1802 pour obtenir cette place. La famille Rambaud habitait, comme les Morand de Jouffrey, rue Saint Dominique – au n°18.

Sa petite-fille, Marie-Honorine Rambaud, se mariera en 1846 avec Antoine Ponchon de Saint-André, le fils aîné d'Eléonore Morand de Jouffrey, et donc petit-fils d'Antoine Morand de Jouffrey et de Magdeleine Guilloud.


 

Antoine-Laurent Nugue (aussi orthographié Nugues) était député de l'Isère au Conseil des Cinq-Cents. Il était né à Charvieux, dans l'Isère ; il avait été administrateur de l'Isère en 1791, puis commissaire près du tribunal criminel du Rhône (source : Dictionnaire historique et biographique de la Révolution et de l'Empire, 1789-1815, par le Dr Robinet, Paris, p. 617.). Au Conseil des Cinq-Cents, où il est élu en vendémiaire an IV, il fait partie du comité des Impôts (source : Base de données des députés français depuis 1789).

Retrouvez Antoine-Laurent Nugue(s), cité dans la correspondance.


 

Quant au dénommé Richaud, il est possible qu'Antoine le confonde avec Charles François Richard de Maisonneuve qui s'était lié, pendant le siège de Lyon, avec Gabriel-Catherin Greppo, seigneur du Montellier (un château situé au nord de Lyon). Aucun dictionnaire historique ne le recense comme représentant au Conseil des Cinq Cents, ou au Conseil des Anciens en 1796, cependant. Aussi, il est plus vraisemblable qu'il s'agisse de Hyacinthe Richaud, député au Conseil des Cinq-Cents pour la Seine et Oise (source : Dictionnaire historique et biographique de la Révolution et de l'Empire, 1789-1815, par le Dr Robinet, Paris, p. 687.) qui avait été envoyé en mission à Lyon pour rendre compte de la célébration du 21 janvier. Il intervient, au Conseil des Cinq-Cents, sur les droits de douane, il est donc tout à fait possible qu'il ait fait partie d'une commission habilitée à juger sur le péage du pont Morand (source : Base de données des députés français depuis 1789).

Retrouvez Richaud, cité dans la correspondance.

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Madame de Montherot (1762-....)

Dans la correspondance

Retrouvez Madame de Montherot citée dans la correspondance.

Note biographique

Jeanne Claudine Françoise Etiennette Grimod de Riverie est née le 10 septembre 1762, de François Jean Jacques Grimod de Bénéon et de Marie Laurence Dugas de Bois-Saint-Just.
Elle se marie le 20 février 1783 avec Pierre de Montherot de Béligneux.
Le couple a trois enfants : Jean-Baptiste-François, né le 9 mars 1784 à Lyon ; « Fanny », dont on ignore la date de naissance, et qui décède en 1805 ; et Jeanne Claudine (« Netty »), née le 29 mars 1790.
En 1791, Pierre de Montherot émigre en Suisse, emmenant avec lui son fils. Là, il semble que les religieux du couvent où il avait été placé pour son éducation aient fui les troupes républicaines, emmenant avec eux leurs pensionnaires et n'en revenant qu'en 1797. Le jeune garçon ne rentre en France qu'en 1806. Entretemps, son père est mort, en 1798, alors qu'il avait 14 ans.
Mme de Montherot est l'une des plus proches amies d'Antoinette Levet, épouse Morand. Dans la correspondance, elle apparaît soit sous ce patronyme, soit sous le vocable de « ma fille adoptive » ou « ma chère fille Demontherot ». Elle était née la même année qu'Eléonore Morand. On ne sait où la jeune femme fut élevée, ni quand elle rencontre la famille Morand. Dans la correspondance entre Antoine et Antoinette, elle apparaît en 1798, c'est à dire dès les premières lettres échangées entre la mère et le fils. Mais l'amitié entre Antoinette et sa fille adoptive semble remonter à l'époque où Eléonore était encore à Lyon, puisque les deux femmes paraissent très proches elles aussi – pas assez cependant pour que Mme de Montherot ait fait le voyage jusqu'à Grenoble pour lui rendre visite.
En 1798, elle est veuve depuis le 28 février. Elle vit alors non loin de la rue Saint Dominique, comme la famille Morand de Jouffrey. Lorsqu'Antoinette, en juillet 1798, cède (à regret) son appartement à son fils, elle fait allusion à l'amitié qui lie les familles et ne manquera pas de lier les enfants :

Un mois et demi plus tard, elle annonce son arrivée à Grenoble, ce qui laisse penser qu'elle vient par amitié pour Antoinette plus que pour Eléonore, installée dans cette ville depuis son mariage en 1786 :

C'est une brillante pianiste, bien insérée dans le milieu grenoblois :

    « Je n’ai eu, mon cher fils, le plaisir d’embrasser mon aimable fille adoptive que le vendredi matin, elle vint dîner chez moi ce jour-là avec ses enfants et Mme Duboys. Je l’attendais le mercredi soir ainsi qu’elle s’était annoncée. Et le jeudi elle fut obligée de se mettre au lit en arrivant fatiguée par une violente migraine. Elle partit après le dîner pour Villard-Bonot avec Mme Dubois. Mme Delisle sa belle sœur nous y mena dîner le lendemain, votre sœur et moi et Olimpe. La journée fut très agréable quoique le local soit bien triste. Mme Demontherot toucha du forte piano. Elle m’étonna par sa brillante exécution. Il me semble qu’elle a encore acquis. C’est le talent d’un maître. Il est peu de particuliers de cette force. Vous avez raison de vanter ses qualités estimables et de dire qu’elle plaît à tous ceux qui la connaîtront. Je l’aime autant qu’elle mérite de l’être, c’est beaucoup dire. Elle doit venir mercredi souper chez moi. Avec votre sœur qui viendra de Fontaine pour la chercher, nous irons le lendemain avec ses enfants y passer quelques jours. C’est là où j’aurai le plaisir de causer avec elle tout à mon aise de tout ce qui m’intéresse. Car à peine ai-je pu le faire étant environnée de gens qui avaient même empressement. Elle m’a dit qu’Albine faisait les plus grands progrès dans le forte piano et jouait très bien des sonates fort difficiles, je n’ai pu lui faire des reproches fondés sur ce qu’elle quittait la maison de son oncle puisqu’elle a fait tout ce qu’elle pouvait faire pour y rester et comme elle a pris un appartement très près vous ne perdrez rien pour l’agrément de sa société. »
    Lettre d'Antoinette Levet, épouse Morand, à son fils Antoine Morand de Jouffrey, le 13 septembre 1798.

Dans une lettre précédente, Antoine avait en effet annoncé l'arrivée de cette « fille adoptive » en des termes qui laissent penser qu'elle ne le laissait pas indifférent :

Il est fait mention, dans la correspondance, du décès d'une certaine Louise de Montherot. Il s'agit de la belle-soeur de Mme de Montherot, Antoinette Marie Louise Degraix, mariée avec le frère de Pierre de Montherot, Jean-Baptiste. D'après le biographe et ami de la famille, « elle mourut, dès le commencement de sa grossesse, par suite de remèdes résultant d'un faux diagnostic de son médecin » (Source : Révérend du Mesnil, « F. de Montherot et sa famille », Revue du Lyonnais, série 3, n°8, 1869, p. 233.). Antoine, lorsqu'il fait le récit de ce décès, met en cause, lui aussi, les médecins  :

    « La pauvre Mad. Louise de Montherot vient de mourir après avoir accouché il y a 7 à 8 jours d’un enfant mort et qui paraissait âgé de cinq à six mois ; plusieurs de nos médecins et chirurgiens les plus instruits soutenaient qu’elle n’était point grosse, le contraire a été prouvé, mais ils soutenaient qu’elle avait un corps étranger dans la matrice et à cet égard ils ne se sont malheureusement pas trompés. Sa délivrance avait donné beaucoup d’espérance pour son rétablissement, mais le mieux qui en était résulté pour elle n’a pas duré ; elle est morte avant-hier ; hier soir j’ai assisté à son convoi, elle est généralement regrettée, sa mère et son mari sont au désespoir. »
    Lettre d'Antoine Morand de Jouffrey à sa mère Antoinette Levet épouse Morand, le 30 mars 1804.

L'année suivante, elle perd sa fille « Fanny ». Celle-ci était malade depuis plusieurs mois (voir lettre d'Antoine Morand de Jouffrey à son épouse Magdeleine, du 15 novembre 1804). Elle informe Antoinette de cette mort alors que celle-ci craint pour la vie de sa propre fille, Eléonore :

    « J’ai perdu ma fille peu de jours après le moment que je vous mandais que j’avais la plus grande espérance de sa parfaite guérison, malgré ma vive douleur je me suis résignée autant que je l’ai pu à la volonté de Dieu, mais ce coup est terrible, et j’éprouve un vide et un ennui continuels. Je n’ai plus d’activité ni de plaisir à rien, Fanny me manque à tous les moments du jour. Je fais tout ce que je peux, pour m’occuper et me distraire, sans y réussir. Il faut remarquer que par un hasard singulier ma fille est la première personne que j’ai vu mourir (…). »
    Lettre de Mme de Montherot à Antoinette Levet, épouse Morand, le 4 octobre 1805.

Comme c'est souvent le cas avec les décès de mineurs, surtout lorsqu'ils sont de sexe féminin, l'existence de cette jeune fille n'apparaît dans aucune généalogie ou biographie de la famille.
Quelques mois plus tard, après le décès d'Eléonore Morand, la fille d'Antoinette, Mme de Montherot trouve ces mots de consolation :

    « je ne pense qu’à vous et je suis fermement persuadée que vous serez moins malheureuse ici qu’à Grenoble, si votre cœur est comme le mien, vous aimez mieux vos enfants que vous n’avez aimé votre mari, c’est le secret des femmes, mais je crois que lorsque nos enfants ont atteint l’âge de raison, nous les préférons à leur père, quelle différence des regrets toujours renaissants que cause la perte d’un enfant, il faut tâcher d’éviter tout ce qui aggrave la douleur, et vous devez quitter Grenoble, puisque rien d’essentiel ne vous y retient. »
    Lettre de Mme de Montherot à Antoinette Levet, épouse Morand, le 19 janvier 1806.

Preuve supplémentaire, s'il en fallait, de l'amitié qui la lie à Antoinette : c'est elle qu'Antoine charge de prévenir sa mère de la mort d'Albine, en juillet 1807. Elle aura la délicatesse de ne pas accomplir cette mission par lettre, mais de passer par sa sœur, qui vit à Grenoble, pour lui annoncer la nouvelle de vive voix :

    « Jamais ma chère maman je n’ai eu tant de peine à me résoudre à vous écrire, avoir à vous parler d’un nouveau malheur, vous qui en avez déjà tant éprouvé, me paraît bien pénible malgré vos sentiments de pitié, je vous ai vue si affectée de vos chagrins que je crains que ce dernier ne nuise à votre santé ; quelle résignation ne vous faudrait il pas pour offrir à Dieu cette nouvelle perte ; je désire que vous en ayez le courage. Je vous crois instruite ayant chargé ma sœur de cette triste commission d’après la demande que m’en a fait M. votre fils, il est moins douloureux d’apprendre son malheur en conversation que par une lettre. Une lettre tue lorsqu’on n’est pas préparé. Je passe une partie de mes journées auprès de votre triste famille, je leur suis précieuse par le malheur que j’ai éprouvé, nous pleurons ensemble, quand je m’en vais, on me demande quand je reviendrai, surtout le pauvre M. de Curis qui a pris un grand attachement pour moi. Il est impossible d’avoir plus de vertus que cet excellent homme. (...) Les circonstances sont terribles, Albine est expirée dans la chambre et le lit de sa mère ; à cinq heures et demie MM. Martin et Petitin donnèrent de l’espérance, elle était gaie, elle s’amusait à voir ce que son père lui avait apporté de Paris, à neuf heures elle eut une convulsion qui dura 3 quarts d’heure, à minuit elle n’était plus, son dernier mot fut ma pauvre petite, cette enfant est charmante, elle l’adorait. »
    Lettre de Mme de Montherot à Antoinette Levet, épouse Morand, le 12 juillet 1807.

Références bibliographiques

Révérend du Mesnil, « F. de Montherot et sa famille », Revue du Lyonnais, série 3, n°8, 1869, p. 218-244.

Certaines sources confondent Jean-Baptiste de Montherot, frère de Pierre de Montherot, peintre et érudit lyonnais propriétaire d'une bibliothèque de renom ; et Jean-Baptiste-François de Montherot, le fils de Pierre de Montherot et de « Mme de Montherot », poète et beau-frère de Lamartine, auteur de Promenades dans les Alpes (1836), Fragments d'un voyage au Bosphore (1834), Milo, Chio, Majorque, Alger et Gozzo (1837), ainsi que de brochures en vers rassemblées sous le titre Mémoires poétiques et Opuscules en vers, et d'autres inédits. Il existe une correspondance entre lui et son beau-frère Alphonse de Lamartine, toute en vers, inédite.

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Madame de Quinson (1758-1848)

Dans la correspondance

Retrouvez Madame de Quinson citée dans la correspondance.

Note biographique

Marie Anne Bocon de la Merlière naît le 13 octobre 1758 à Saint Vérand. Elle est la fille de Marie Catherine de Chabert et d'Adrien Bocon, seigneur de la Merlière, colonel d'infanterie, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint Louis et commandant de bataillon au régiment de Bourbonnais. Elle est la dernière née d'une fratrie de 7 enfants.

Elle perd son père, tué dans une bataille, à l'âge de 2 ans.

Le 6 septembre 1784, elle épouse Antoine Lucien Avoye de Gars de Fréminville, chevalier et conseiller honoraire de la Grande Chambre au Parlement de Paris. Elle apporte en dot 150 000 livres (soit 5 fois plus que la dot de Magdeleine Guilloud, épouse Morand de Jouffrey, mariée en 1785). Le mariage est de courte durée, elle est rapidement veuve, sans que l'on connaisse la date du décès de son époux.

A la mort de son père, bien qu'elle soit fille et cadette de la fratrie, elle hérite du château et de la seigneurie de Saint Véran. Inscrite sur la liste des émigrés de Saint Véran, elle passe plusieurs années à changer de résidence, se rendant de Saint Véran en Suisse, puis à Lyon, Coulommiers, Lagny et enfin Paris entre juin 1793 et octobre 1794.

La légende dit qu'elle rencontre son second époux en prison, à Paris ; ils allaient être conduits à l'échafaud lorsque la chute de Robespierre leur aurait rendu la liberté. Le curé Morel, dans un mémoire rédigé plus de cent ans après les faits, sur la foi de témoignages de domestiques proches de Mme de Quison, rapporte que « la communauté des peines amena la communauté de sentiments et Madame de Gars de Fréminville épousa Monsieur de Quinson ». (Source : Louisette Jolland, 2010). Cependant, d'après Louisette Jolland, on ne trouve pas son nom sur la liste des Condamnés à mort du Tribunal révolutionnaire de Paris. D'après certains documents, il est établi qu'elle s'est mariée avec François Roch de Quinson entre novembre et décembre 1800. Elle avait alors été rayée de la liste des émigrés (11 février 1800) au motif qu'elle avait justifié de sa résidence non interrompue sur le territoire français entre janvier 1792 et octobre 1794.

C'est à ce moment de son histoire que nous la retrouvons dans la correspondance d'Antoine et Magdeleine Morand de Jouffrey. Elle y occupe une place à part, celle d'une amie proche d'Antoine contre les commérages de laquelle, mi figue mi raisin, il met Magdeleine en garde.

En février 1801, au moment où nous la croisons pour la première fois dans la correspondance, elle loge dans le même hôtel qu'Antoine, à un étage en dessous. Elle a, d'après Antoine, un mari fort « bourru ». Magdeleine la connaît, puisque Mme de Quinson lui adresse du courrier en passant par Antoine et choisit pour elle certains cadeaux que veut lui rapporter Antoine. Tous deux se rendent ensemble à l'opéra, au Français.

Voici ce qu'écrit Antoine lorsqu'en mai, elle quitte Paris :

    « ... Mad. de Quinson est partie hier à midi et doit arriver mardi soir (...) ; elle m’a dit qu’elle allait brouiller notre ménage et te bien faire des contes sur ce qui me regarde ; je suis bien fâché de son départ cependant je n’en suis pas le plus désolé parce que je ne suis pas celui qui y perd le plus ; dis-lui qu’il en perdra tout-à-fait la tête, qu’il est à présent comme un poisson hors de l’eau et qu’hier soir nous parlions avec Mme Safret et M. Château de la crainte de voir le jeune homme se porter à quelque coup de désespoir. J’avais proposé à Mad. Quinson des arrangements pour égayer notre veuvage je lui disais qu’ordinairement on tenait ces choses-là secrètes, qu’au contraire nous les dirions à tout le monde et qu’on n’en croirait rien ce qui serait infiniment à la mode, mais toutes mes propositions ont été rejetées, la place était prise. »
    Lettre d'Antoine Morand de Jouffrey à son épouse Magdeleine, le 16 mai 1801.

Quelques jours plus tard, il ajoute :

    « Mad. de Quinson te dira que j’étais bien déjà lorsqu’elle est partie et tu peux compter sur sa sincérité, tu sauras bien distinguer ce qu’elle te dira de vrai, de tout ce qu’elle doit supposer pour brouiller le ménage, ces menaces me donnent cependant de l’inquiétude, elle a un caractère si dangereux et l’esprit si brouillon qu’en vérité je dois trembler, malgré cela et ses méchantes intentions rappelle-moi à son souvenir et dis-lui qu’il m’en coûte bien de ne plus être dans le cas de m’arrêter en descendant au second étage de l’hôtel, quelque danger qu’il y eut pour moi de voir s’élever des altercations avec un rival terrible et fier de la préférence. »
    Lettre d'Antoine Morand de Jouffrey à son épouse Magdeleine, 23 mai 1801.

En 1803, il semble qu'elle ait marié sa fille, qui semble avoir été très liée avec Albine.

On ne trouve plus mention, par la suite, de son nom. Louisette Jolland la retrouve, pour sa part, à Saint Vérand, où l'on perd sa trace jusqu'au début des années 1830 ; elle vit à Lyon, elle est alors âgée de 73 ans. C'est le maréchal de Castellane qui parle de la « vieille dame de Quinson ».

Elle décède le 12 octobre 1848, à l'âge de 90 ans.

Références bibliographiques

Louisette Jolland, « Madame de Quinson », conférence prononcée le 19 novembre 2010 à Saint-Vérand.

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Justin Bonaventure Morard de Galles (de Gale) (1741-1809)

Dans la correspondance

Retrouvez Justin Bonaventure Morard de Galles (de Gale) cité(e) dans la correspondance.

Note biographique

Justien Bonaventure Morard de Galles est né le 30 mars 1741 à Goncelin, près de Grenoble. Il meurt le 23 juillet 1809 à Guéret. Entré dès l'âge de 11 ans dans l'armée, il fait toute sa carrière dans la marine. Il se marie en 1783 avec Louise Marie Victoire Henriette Fayd'herbe de Maudave. Le couple aura une fille unique, Marie Emilie, née en 1792.

Pendant la Révolution, il choisit de ne pas émigrer et prend le commandement de l'armée navale du Ponant. Suite à la mutinerie d'une partie des équipages qu'il commande, il est emprisonné. Il est libéré pour conduire l'expédition d'Irlande en 1796, qui se solde à nouveau par un fiasco. Disgracié sous le Directoire, il est nommé sénateur de Limoges en l'an VIII. C'est à ce moment là qu'on le retrouve dans la correspondance de la famille Morand de Jouffrey.

Justin Bonaventure Morard de Galles est cité en 1801 dans la correspondance entre Antoinette Morand et son fils Antoine Morand de Jouffrey. Il est sollicité par sa sœur, amie de la famille Morand, pour rédiger une lettre de recommandation dans le cadre de la gestion des affaires du Pont.

D'après les explications que livre Antoinette, la sœur de Morard de Galles (qu'elle orthographie Galle), ancienne supérieure de Communauté, était une amie d'Eléonore Morand, sœur de Jean Antoine Morand et donc tante d'Antoine Morand de Jouffrey. Antoinette avait elle-même rendu service à la famille Morard de Galles en recevant chez elle, à Lyon, un neveu qu'elle avait connu alors qu'elle séjournait chez sa fille à Grenoble.

Voici l'extrait de la lettre dans lequel elle offre ces éléments de contexte nécessaires pour qu'Antoine puisse, à son tour, remercier la famille de sa lettre de recommandation :

    « Votre tante occupée comme moi de vos affaires s’est aussi ingérée de vous avoir une lettre de recommandation, amie de Mme de Galle ancienne supérieure de communauté, et fille de mérite, elle lui en a demandé une pour son frère, homme de considération, il était jadis vice-amiral à Brest, il est d’une ancienne et illustre famille. Son adresse est au Citoyen Morard de Galle membre du Sénat conservateur rue de Verneuil faubourg Saint-Germain n° 839. Sa sœur m’a fait aussi beaucoup d’amitié et témoigné de la reconnaissance pour la bonne réception que j’avais faite à son neveu, M. Delabayste que je logeai chez moi lors de son passage à Lyon, lorsque ses parents l’envoyèrent à la demande de M. son oncle à Brest pour entrer dans la marine. Il est maintenant employé dans l’artillerie en Italie ; neveu de M. de La Morte du côté maternel, je l’avais beaucoup vu chez votre beau-frère [Bertrand de Besson], et m’étais attachée à lui par son aimable caractère, sa bonne conduite et sa candeur. Demandez-en des nouvelles, je prends le plus grand intérêt à son avancement. Cette lettre est si tardive qu’elle peut vous être inutile pour les affaires de la Compagnie qui doivent être terminées malgré les difficultés que vous craignez de trouver chez le ministre des finances, l’avis favorable de celui de l’intérieur joint à tous ceux insérés dans votre pétition doivent vous donner des droits incontestables à sa justice. Mais cette même lettre peut vous être utile pour vos affaires personnelles, présentes ou à venir, elle est partie par la poste il y a deux jours (…). Ne négligez mon fils aucune bonne connaissance. Dans plusieurs une seule peut vous obtenir ce que vous désirez et revenu en province vous pouvez y avoir recours ; M. Degalle passe dans cette province pour être très obligeant (…). »
    Lettre d'Antoinette à son fils Antoine, le 13 avril 1801.

Peu après, il est élevé à la dignité de Grand Officier de la légion d'honneur (14 juin 1804), puis il reçoit le titre de comte de l'Empire (1808). Il meurt en 1809. Le conseil municipal de sa ville, Guéret, fait élever un monument à sa mémoire. On trouve également son nom sur l'arc de Triomphe de l'Etoile. Ses cendres ont été portées au Panthéon.

Des éléments de biographie se trouvent sur wikipédia, qui indique quelques sources complémentaires.

Marie-Emilie, son unique fille, se mariera avec Jean-Baptiste-Jules Anglès de Sainte-Guitte, fils d'un conseiller au Parlement de Grenoble, député de l'Isère en 1819, qui deviendra baron de l'Empire en 1809 et exercera diverses fonctions de police au gouvernement sous Louis XVIII.

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André-Paul Sain-Rousset (1757-1837)

Dans la correspondance

Retrouvez André-Paul Sain-Rousset cité(e) dans la correspondance.

Note biographique

André-Paul Sain-Rousset a été appelé aux fonctions de maire de la division du midi de la ville de Lyon par le premier consul en 1799 ; il occupe cette fonction jusqu'en 1805. Il est en charge des constructions lyonnaises ; c’est lui qui décide, en 1801, de la construction d’une digue sur le Rhône pour le passage de la traille. C’est à ce titre qu’il dépose, en 1803, un projet d’embellissement de Perrache par l’aménagement d’un parc. Le plan avait été accepté par la municipalité mais, faute de moyens, il ne sera jamais réalisé. André-Paul Sain-Rousset est à la tête du conseil général en 1805 ; il sera nommé premier adjoint de la mairie de Lyon en mai 1808.

Peu connu, Sain-Rousset a cependant laissé son nom dans un dictionnaire biographique en raison de la députation lyonnaise dont il a fait partie, en décembre 1793 : avec Changeux, Chaussat et Prost, il s’était rendu à la Convention pour faire cesser la répression et rappeler Collot-d’Herbois. Ils obtinrent le décret de rappel mais Collot-d’Herbois le fit annuler. Le chef de la députation sera arrêté et Fontanes, qui avait rédigé le discours, proscrit. Sain-Rousset trouva refuge à Paris où il obtint un emploi à la fabrique nationale d'armes, en qualité de secrétaire particulier du directeur. Son nom lui vient en partie de sa femme, Antoinette Rousset, dont il a adopté le patronyme. Le couple habite, à Lyon, à côté de l’Hôtel du Nord et pendant l'été, séjourne dans la campagne de Vaux en Beaujolais, d’où est originaire Mme Sain-Rousset.

André-Paul Sain-Rousset se voit accorder le titre de baron de l'Empire sous le nom de de Vauxonne, avec constitution d'un majorat, en 1810.

Les Morand ne les connaissent pas encore très bien en 1801. Antoine juge alors que le moine est un « ami », mais pour préciser aussitôt « jusqu’à un certain point » (6 juin 1801). C’est un homme à ménager, car que ce soit pour permettre le passage de la traille ou pour proroger le péage, c’est lui qui pourra « faire aller tout cela » (6 juin 1801). Plus tard, et notamment à partir de la maladie d'Albine, le couple des Sain-Rousset fera partie des amis les plus proches d’Antoine et Magdeleine. Sain est appelé, dans la correspondance, « le moine » (en raison de son patronyme) ou « le grognon ». Et sa femme, « Mme la petite ». Voici un exemple des relations qu'entretiennent les deux couples, et de l'entrecroisement entre le familier et le politique qui règne dans ces lettres :

    « … j’ai reçu hier une lettre du moine qui me mande que la reine [son épouse] est à Machy qu’elle est brouillée avec le moine parce qu’il veut faire planter des ormes etc. qu’il faut faire nommer à sa place au conseil général de département et que si Cochard donne sa démission et que minou [Antoine Morand de Jouffrey] ne veuille pas de la place que le sujet est bien disposé à lui faire avoir, il faut tâcher de la faire avoir a titi (sic) quoique le moine pour ne pas se gêner dans ses grands projets relatifs aux octrois a demandé au sujet pour M. Refret dans le cas où le minou n’en voudrait pas.
    J’écrirai incessamment au moine et ferai sûrement tout ce qui sera en mon pouvoir pour que titi soit nommé au conseil général, si le préfet le veut cela n’est pas douteux. Tu me diras ce qui s’est passé au conseil municipal et si tu as eu à dîner Perron avec Sain. »
    Lettre d'Antoine Morand de Jouffrey à son épouse Magdeleine, le 5 juin 1801.

André-Paul Sain-Rousset décède en 1837 à l'âge de 81 ans.

Références bibliographiques

Biographie universelle, ancienne et moderne…, p. 236, notice consacrée à Fontanes.

Voir également la nécrologie que lui consacre la Revue du Lyonnais, volume 7, Lyon, Imprimerie de L. Boitel, 1838, p. 60.

Voir également la notice qui lui est consacrée dans Ronald Zins (dir.), Lyon et Napoléon, Dijon, Faton, 2005, p. 58.

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Urbain Jaume

Dans la correspondance

Retrouvez Urbain Jaume cité(e) dans la correspondance.

Note biographique

Urbain Jaume, secrétaire de préfecture , est un ancien « membre de la Société des jacobins de Paris », il avait obtenu à Paris, en 1793, avec Jean-Démosthène Dugoure, un brevet de 5 ans pour de nouvelles cartes à jouer où les rois étaient remplacés par des génies (guerre, paix, arts et commerce), les dames par la liberté (des cultes, de la presse, du mariage et des professions), les valets par l’égalité (des droits, des devoirs, des rangs et des couleurs) et l’as, par la Loi . Enfin, précisons qu’il avait acquis une réputation dont on a aujourd’hui tout oublié, mais qui faisait parler de lui, pour le présenter à Napoléon Bonaparte, comme quelqu’un de « fameux dans le cours de la Révolution. »

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Etienne Mayeuvre de Champvieux (1743-1812)

Dans la correspondance

Retrouvez Etienne Mayeuvre de Champvieux cité(e) dans la correspondance.

Note biographique

Etienne Mayeuvre de Champvieux est né le 11 janvier 1743 à Lyon.C'est un ami de Jean Antoine Morand et d'Antoinette Levet.
Il est le petit-fils de l'échevin Laurent-Félix Mayeuvre. Il avait épousé, en janvier 1774, Marie Jacqueline Rigod de Terrebasse.
Il est d’abord un amateur d’arts, ce qui peut expliquer son amitié avec Jean Antoine Morand ; il a, notamment, créé une Ecole gratuite des Beaux Arts à Lyon, avant la Révolution.
En 1791, il est nommé président du Tribunal de district de la campagne de Lyon, puis procureur général syndic du département du Rhône.
Son épouse meurt accidentellement en 1793, lui laissant une fille.
Etienne Mayeuvre de Champvieux est, comme Jean Antoine, emprisonné après le siège de Lyon. Libéré, il est replacé à la tête de l'Administration du département ; puis il est élu député du Rhône au Conseil des Cinq Cents en vendémiaire 1796, où il parle en faveur de la création d’une inspection des contributions, ainsi que de la conservation des propriétés des Hôpitaux et de la fondation d'une Ecole gratuite de dessin à Lyon ; mais, politiquement modéré, membre du Club de Clichy, il est fructidorisé et placé sur la liste des déportés. Il parvient à échapper à ses poursuivants.
C'est à ce moment qu'on le rencontre dans la correspondance d'Antoine Morand de Jouffrey, alors qu'il semble être membre de l'Assemblée municipale.

Dans une lettre du 31 janvier 1800, qu'Antoine adresse à sa mère, celui-ci écrit :

    « J'ai fait vos remerciements à Mayeuvre ; toute la peine que vous avez prise vis à vis de lui n'a pas été perdue, il tient si fort aux idées législatives que vraisemblablement il n'aurait pas été d'avis de demander pour nous l'exemption des contribution et sans l'autre affaire j'aurais craint son opinion dans le conseil, surtout ne pouvant pas y être dans le moment où se faisait le rapport qui m'intéressait. D'après votre avis et la position particulière où je me trouve, je n'ai point parlé de la continuation du double péage mais seulement de l'exemption de contributions, le conseil a été d'avis comme je m'en flattais, qu'il était juste de nous assimiler aux propriétaires des maisons démolies et de nous exempter de contributions pendant vingt ans ; malheureusement cela arrive bien tard parce que la loi vient d'être rendue pour les maisons démolies, qu'il aurait été bien plus aisé de nous y faire comprendre que d'en faire rendre une particulière pour cet objet et qu'alors cela sera plus long et sûrement plus dispendieux. »

En avril 1800, il devient juge au tribunal d’appel de Lyon. Antoine compte sur le soutien de Mayeuvre dans cette affaire qui est « de faveur, quoi qu'elle puisse être considérée comme une de justice » (lettre d'Antoinette à Antoine, le 7 décembre 1800). C'est Antoinette qui occupe le rôle d'intermédiaire, en écrivant à Etienne de Mayeuvre :

    « Je crois avoir rempli dans la lettre de M. Mayeuvre tous les objets que vous désiriez, vous la trouverez longue. J’ai cru être obligée de l’instruire en détail de tout ce qu’a fait votre père pour la salle des spectacles pendant près de trois années, qu’il ne m’arrivât pas avec lui ce que j’éprouvai avec M. Desathonay qui, bien disposé à plaider ma cause dans l’assemblée des notables, en sortit bien persuadé qu’il avait dû être pleinement satisfait des quinze mille livres reçues. Cette somme paraissait exorbitante comparée au peu de dépense de votre père pour tout ce dont il avait été chargé. Il est vrai que M. Mayeuvre a plus de connaissance dans les arts, mais il aura besoin d’instruire les autres. »
    Lettre d'Antoinette Levet à son fils Antoine Morand de Jouffrey, le 11 décembre 1800.

Ses espoirs seront déçus. Antoinette, dans une lettre du 22 décembre 1800, s'étonne du peu d'appui qu'il a offert au sein de l'Assemblée municipale :

    « Comment se peut-il que M. Mayeuvre, d’après votre pétition, d’après ma lettre, ait refusé de présenter et solliciter en notre faveur ce que nous désirions de l’Assemblée municipale, il n’est que trop vrai que les ennemis sont actifs à nuire et les amis lents à servir. Ce fut avec répugnance que je finis ma lettre en le laissant maître de décider. Je me conformai à ce que vous désiriez mais je prédis qu’il n’aurait pas le courage de nous servir. Si l’Assemblée n’est pas dissoute faite encore quelques tentatives. Si elles sont toujours inutiles, il faut espérer qu’il vous servira pour l’affaire du pont il vous convient de préférer l’objet de votre plus grand intérêt. »

L'explication arrivera une semaine après. Mayeuvre est tout à fait prêt à soutenir la famille Morand, à condition qu'elle se contente de demander une exemption d'impôt :

    « J’ai reçu, mon cher fils, avant-hier une lettre de M. Mayeuvre mon ancien ami qui en a vraiment le langage, il me remercie de le mettre à même de m’en donner des preuves, il me dit qu’il ne peut présenter la demande de ma pétition sans nuire à mes intérêts. Que la clause impérative de l’acte (qui dit que sans que sous aucun prétexte le d sr Morand puisse en espérer une plus longue jouissance ni faire aucune répétition etc.) la ferait rejeter de tous les gens de loi qui sont dans l’assemblée, qu’ayant une demande très légitime pour un objet bien plus majeur telle que la prorogation du doublement du péage du pont, la décharge de l’excès d’imposition dont il est grevé, il serait impolitique d’affaiblir pour ainsi dire le poids de cette légitimité par une demande qui serait sûrement refusée, et qui le serait sans injustice. Il ajoute que nos efforts doivent se concentrer dans tout ce qui peut concourir au rétablissement du pont. Que sous ce point de vue il appuiera de tout son pouvoir l’avis qui doit émaner du conseil municipal, et que j’ai l’avantage que l’utilité publique coïncide avec mon intérêt particulier. Que ce conseil et ce que lui dicte son amitié pour moi et la franchise qu’il sait bien ne me pas déplaire, il aurait désiré que la nature de cette affaire lui eut permis de plaider la cause de son amie, il l’aurait embrassé avec le zèle qui émane du sentiment, toutes les expressions de sa lettre prouvent que mes malheurs n’ont fait que redoubler son désir de me donner des preuves d’attachement. »
    Lettre d'Antoinette à son fils Antoine, le 28 décembre 1800.

Il souhaitait, comme Antoine, être nommé au conseil général du département. Cela n'arrivera pas : « Mayeuvre est arrivé trop tard », regrette-t-il dans une lettre du 27 mars 1801.

Etienne Mayeuvre de Champvieux est, en outre, maire de Saint Germain au Mont d’Or (où la famille possède le domaine de Champvieux) non loin de Machi, et à partir de 1809, président du collège électoral de l'arrondissement de Lyon, président du conseil général du Rhône en 1810. C'est sur ce domaine de Champvieux qu'Antoine a été mis en nourrice, peut-être en même temps que la fille d'Etienne Mayeuvre de Champvieux, Aimée-Sabine-Louise (future duchesse de Montbriand).

La fille d'Etienne Mayeuvre de Champvieux, Aimée-Sabine-Louise, épousera en l'an VIII J.-M.-G.-S. Le Viste de Briandas, comte de Montbriand (qu'on dit aussi fils du maître de poste de Limonest). Antoinette évoque ce mariage dans une lettre du 27 février 1800. Les deux familles sont liées par des liens de « confiance et d'amitié » (lettre d'Antoinette Levet à son fils Antoine, le 7 décembre 1800).

Références bibliographiques

Paul Metzger, « Un héritage noble à Lyon. La succession Mayeuvre de Champvieux », Revue d’Histoire de Lyon, mars-avril 1913, pp. 38-77.

Eloge de M. Mayeuvre de Champvieux, par Pierre Revoil, lu à l'Académie des Sciences, Belles-Lettres et arts de Lyon, dans sa séance publique du 16 août 1813, Lyon, Imprimerie de ballanche, 1813.

Pour des éléments concernant les démarches faites par Antoine Morand de Jouffrey pour obtenir une exemption de contribution, voir Anne Verjus et Denise Davidson, Le roman conjugal. Chroniques de la vie familiale à l'époque de la Révolution et de l'Empire, Seyssel, Champ Vallon, 2011.

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Jean-Baptiste Abraham Mallein (1743-1815)

Dans la correspondance

Retrouvez Jean-Baptiste, Abraham Mallein cité(e) dans la correspondance.

Note biographique

Jean-Baptiste Abraham Mallein est né à Grenoble le 12 août 1743.
L'histoire de Jean-Baptiste Abraham diffère assez sensiblement de celle des hommes du réseau habituel d'Antoine Morand de Jouffrey. Il raconte, dans son dossier de légion d'honneur, qu'il a servi dès l'âge de 16 ans dans un régiment français. Il a fait les trois dernières campagnes d'Hanovre et ne rentre en France qu'en 1762. Il avait alors, écrit-il, 18 ans.
Il étudie le droit, et exerce, pendant vingt ans, la profession d'avocat au Parlement de Grenoble.
Il se marie le 16 septembre 1779 avec Marie Louise Julie Pascal. Le couple aura un fils unique, Alexandre, né en 1780, qui se mariera avec la sœur cadette de Stendhal, Zénaïde Beyle le 30 mai 1815.
En 1788, il est nommé subdélégué de l'intendance du Dauphiné.
Choisi comme juge de paix du canton de Grenoble en 1791, il sera destitué par Petit-Jean en l'an II. Il entre trois ans plus tard comme juge au tribunal civil de l'Isère, jusqu'à son élection, le 22 germinal an V, comme député de l'Isère au Conseil des Anciens.
Après le coup d’Etat de Napoléon Bonaparte, qu’il a soutenu, il est choisi pour représenter son département au nouveau Corps législatif, le 4 nivôse an VIII (25 décembre 1799).
Le 18 pluviose an VIII (7 février 1800), il est nommé commissaire du gouvernement près le tribunal criminel de Grenoble.
C'est à ce moment là qu'on le croise dans la correspondance d'Antoine. Celui-ci l'a rencontré à Paris, et a rapidement compris qu'il était lié à un personnage clé dans l'avancement de son dossier d'exemption d'impôts : M. Royer, directeur des contributions à Grenoble, lui-même lié à un certain Jean-Baptiste Oyon, beau-frère de Hennet, chef de bureau au ministère des Finances responsable du rapport sur la question. Malheureusement, il le rencontre alors que lui et Royer sont sur le point de repartir pour Grenoble. Par chance, les voyageurs ont prévu de loger à Lyon. Antoine écrit alors à Magdeleine pour qu'elle les reçoive et leur offre ce qu'il appelle un « dîner de veuve » :

    « J’ai été voir ce matin M. Mallein qui part pour Lyon demain matin avec son fils et M. Royer. Ils arriveront le cinquième jour qui sera si je ne me trompe jeudi, ils arriveront de bonne heure sans doute, ils comptent loger à l’hôtel du nord, si tu ne les vois pas le jeudi dans la soirée tu pourrais écrire à M. Mallein membre du corps législatif et l’engager à accepter ton dîner de veuve pour le lendemain avec son fils et M. Royer en lui disant que c’est le seul moyen de te procurer le plaisir de faire leur connaissance pendant le moment de leur séjour. Ils sont très pressés de se rendre à Grenoble mais si le défaut de places les oblige à séjourner un jour je serai bien aise que tu les reçoives et tous seuls, c’est le moyen de pouvoir causer un peu. (…) j’ai remis à M. Mallein un petit paquet de graines de choux avec un petit billet, le tout à ton adresse pour m’assurer qu’il ne passât pas sans te voir, il veut connaître mes enfants et en donner des nouvelles à leurs parents à Grenoble. »
    Lettre d'Antoine Morand de Jouffrey à son épouse Magdeleine Guilloud, du 25 avril 1801.

Quelques jours plus tard, Antoinette le croisera à Grenoble :

    « Je n’ai point reçu mon cher fils de visite de M. Mallein, il s’est contenté de m’envoyer quelques petits paquets et une lettre pour votre beau-frère, votre sœur s’est chargée de remettre l’un et l’autre. Il y a quelques jours, que me promenant avec un homme de sa connaissance, à qui il s’empressa de parler, je profitai de cet instant pour lui parler de vous, de vos affaires, des services que vous avait rendus M. Royer, avec prière de l’engager à le continuer, dans sa correspondance, il me l’a promis, il me dit qu’il vous avait laissé en bonne santé, avec des espérances de succès dans vos affaires, il a vu votre femme à Lyon et paraît très content de sa bonne réception, il paraît qu’il n’est pas né visitant, M. Royer a des parents dans la maison où je loge, ils m’ont promis de l’engager à vous continuer ses bons offices. »
    Lettre d'Antoinette Levet à son fils Antoine Morand de Jouffrey, le 16 mai 1801.

Une partie de la famille du député, son frère en l'occurrence, vit au hameau de Cossey, à Claix, où la sœur d'Antoine Morand de Jouffrey, Eléonore Morand (épouse Besson) passe une partie de ses étés. Antoine Morand de Jouffrey fait référence à ce voisinage et à cette amitié dans l'une de ses lettres :

    « M. Mallein est un oncle à madame de Rollin, et paraît un digne homme, il est au corps législatif, il a son fils avec lui. Ils retournent à Grenoble, le frère de ce M. Mallein est l’ami et le voisin à la campagne de mon beau-frère, il a bien voulu se charger pour lui de graines et autres commissions qu’il m’avait données ; je l’ai fort peu vu, parce que cela ne me menait à rien, mais je lui ai fait des visites d’honnêteté et ai dîné avec lui chez Mme Perrier, la mère de Mme de Rollin. »
    Lettre d'Antoine Morand de Jouffrey à son épouse Magdeleine Guilloud, du 25 avril 1801.

Ce frère du député Mallein est également voisin des Beyle, ce qui facilitera sans doute l'alliance entre le fils du premier, Alexandre, et la sœur de Stendhal.
Membre de la légion d'honneur en l'an XII. On trouve sa fiche sous le nom de Charles Joseph Romain, né le 18 septembre 1753, ce qui est une erreur due à l'existence, dans son dossier, d'un extrait de naissance de son frère où il figure au titre de parrain, destiné à justifier l'orthographe de son nom.
Le 17 avril 1811, il est conseiller de la cour impériale de Grenoble. Lorsqu'il rédige sa demande pour accéder au statut de membre de la légion d 'honneur, il indique qu'il exerce les fonctions de procureur général impérial de la cour de justice criminelle.
Il est l’oncle par alliance de Mme de Rollin (qu'on rencontre dans la correspondance d'Antoine), c'est d'ailleurs ainsi qu'Antoine le présente à Magdeleine : son épouse, Julie Pascal, est la sœur de Marie Charlotte Pascal, épouse Périer, mère de Mme de Rollin.
Il décède à Grenoble le 19 décembre 1815.
Lorsqu'Antoine, dans une lettre de 1821, indique que « le procureur du roi Mallein vient d'être mis à la retraite avec 1 300 francs de pension », il fait référence au frère d'Abraham Mallein, Charles Joseph Romain, né en 1753, qui était alors procureur impérial près le tribunal civil de Grenoble (voir la lettre d'Antoine Morand de Jouffrey à son épouse Magdeleine Guilloud, le 9 juin 1821).
Le directeur des contributions directes de Grenoble auquel Antoine Morand de Jouffrey fait référence dans la lettre du 25 avril 1801 est Joseph Etienne Royer-Dupré, père du futur ministre de la justice Ernest de Royer.
D'après Antoine, Royer-Dupré pouvait influer sur le chef de division du ministère des Finances, Hennet, par l'entremise de Jean-Baptiste Oyon, son beau-frère. De fait, Jean-Baptiste Oyon était marié avec Félicité Hennet de Goutel, la sœur de Anne Marie Virginie Hennet de Goutel, épouse d'Albert Joseph Ulpien Hennet (son cousin germain).

Références bibliographiques

Dictionnaire historique et biographique de la Révolution et de l'Empire, 1789-1815, par le Dr Robinet, Paris, p. 488.

Base de données des députés français depuis 1789

Voir également Anne Verjus, "Une informalité ordonnée : les « dîners de veuve » du couple Morand de Jouffrey", in Laurent Le Gall, Michel Offerlé, François Ploux (dir.), La politique sans en avoir l’air. Aspects de la politique informelle XIXe-XXIe siècle, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2012, pp. 209-224.

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Albert Joseph Ulpien Hennet (1758-1828)

Dans la correspondance

Retrouvez Albert Joseph Ulpien Hennet cité dans la correspondance.

Note biographique

Albert Joseph Ulpien Hennet, né le 25 décembre 1758 à Maubeuge, était le fils de François Augustin Pompée Hennet, conseiller du roi, prévôt, juge royal civil et criminel des ville et prévôté de Maubeuge (1728-1792) et de Barbe Constance Darets.
Il fait l'essentiel de sa carrière au ministère des Finances où il entre en 1779, et devient premier commis sous la Révolution.
En août 1789, il est garde national de Paris, dans le district de Saint Martin.
Il se marie en 1794 avec sa cousine germaine Anne Marie Virginie Hennet de Goutel, fille de son oncle paternel Ferdinand Othon Hennet de Goutel. Le couple aura deux fils, Adolphe et Albert Pierre. Cependant, Antoine fait référence également à une « petite fille de M. Hennet, bien jeune sans doute » (lettre d'Antoine Morand de Jouffrey à son épouse Magdeleine Guilloud, le 7 juillet 1801), entre six et sept ans (lettre d'Antoine Morand de Jouffrey à son épouse Magdeleine Guilloud, le 12 juillet 1801.
En 1796, il devient commissaire du gouvernement pour l'organisation des finances de la Belgique. En 1797, il est membre du collège électoral du département de la Seine.
Dans le descriptif de sa carrière, fourni pour constituer son dossier de légion d'honneur, il indique qu'il est « commissaire extraordinaire du gouvernement pour l'organisation des finances du Piémont » à partir du 28 avril 1801. C'est donc bien lui qu'Antoine Morand de Jouffrey cherchait à atteindre en faisant pression sur le directeur des contributions de Grenoble, Royer-Dupré, puisqu'il évoque dans une de ses lettres le fait qu'Hennet, opposé à cette idée d'exemption d'impôts, a été envoyé dans le Piémont (voir sa lettre du 3 mai 1801). Voir, sur ce dossier, la biographie du député Mallein.
En 1804, il est chef de division au ministère des finances (nous n'avons pu déterminer à partir de quelle date).
Il devient membre de la légion d'honneur le 17 juillet 1804, et chevalier en mai 1808. Il est anobli par Louis XVIII en juillet 1814.
On connaît également Albert Joseph Ulpien Hennet comme l'auteur d'un pamphlet, Du divorce, publié en 1789. On trouve d'autres ouvrages politiques de cet auteur numérisés sur Gallica (Voir également cette liste).

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Joseph Etienne Royer-Dupré (1765-1833)

Dans la correspondance

Retrouvez Joseph Etienne Royer-Dupré cité(e) dans la correspondance.

Note biographique

Joseph Etienne Royer-Dupré naît à Grenoble le 16 août 1765. Il est le fils de René Royer-Dupré, avocat consistorial au parlement, et de Marguerite Antoinette Chusin.
Royer-Dupré a fait toute sa carrière dans l'administration des finances. De 1787 à 1792, il est contrôleur général des fermes du roi.
A partir de 1797, il est placé à l'administration générale des douanes, à Paris.
En 1799, il est nommé directeur des contributions directes de l'Isère. C'est à ce moment de sa carrière que nous le croisons dans la correspondance d'Antoine Morand de Jouffrey.
Royer-Dupré est un ami d'Albert Joseph Ulpien Hennet et Jean-Baptiste Oyon, membres de l'administration des finances, utiles à Antoine dans le dossier de demande d'exemption d'impôt pour le pont. C'est lui qui sert d'intermédiaire pour obtenir des deux hommes un rapport favorable.
Antoine fait sa connaissance tardivement, juste avant qu'il ne quitte Paris pour retourner à Grenoble. Il connaît ses relations et compte s'en servir pour obtenir gain de cause :

    « Je suis maintenant moins découragé parce que je ne continuerai pas à perdre mon temps comme je l’ai perdu depuis que mon affaire a été renvoyée au ministre des finances et comme j’aurais continué de le perdre sans l’appui de M. Royer, communique-lui ma petite note, elle lui fera plaisir par l’intérêt qu’il a bien voulu me témoigner. »
    Lettre d'Antoine Morand de Jouffrey à Magdeleine Guilloud, le 28 mars 1801.

Quelques jours plus tard, il écrit :

    « J’ai été voir ce matin M. Mallein qui part pour Lyon demain matin avec son fils et M. Royer. Ils arriveront le cinquième jour qui sera si je ne me trompe jeudi, ils arriveront de bonne heure sans doute, ils comptent loger à l’hôtel du nord, si tu ne les vois pas le jeudi dans la soirée tu pourrais écrire à M. Mallein membre du corps législatif et l’engager à accepter ton dîner de veuve pour le lendemain avec son fils et M. Royer en lui disant que c’est le seul moyen de te procurer le plaisir de faire leur connaissance pendant le moment de leur séjour. Ils sont très pressés de se rendre à Grenoble mais si le défaut de places les oblige à séjourner un jour je serai bien aise que tu les reçoives et tous seuls, c’est le moyen de pouvoir causer un peu. (…) M. Royer-Dupré qui voyage avec lui est le directeur général des contributions à Grenoble. Il paraît lié avec Besson ; je l’ai rencontré il y a deux jours chez Béranger, il est malheureux pour moi de ne l’avoir pas connu plus tôt, mais très heureux cependant de l’avoir vu avant son départ. Il est très lié avec M. Hennet premier commis des finances de qui dépendra l’expédition de mon affaire. A la recommandation de M. Bérenger et à ce qu’il m’a paru aussi par attachement pour Lyon et considération pour ma famille, il a malgré toutes ses affaires employé des moments précieux à me rendre service et à me mettre dans le cas de pouvoir compter à présent sur la bonne volonté de M. Hennet à expédier le rapport et à le faire le moins défavorable possible, car je crains bien de ne pouvoir le persuader que je suis fondé quoique bien des gens cependant me paraissent convaincus. Sans lui j’aurais pu continuer à aller souvent dans les bureaux sans rien avancer, il est malheureux que je l’aie connu si tard mais encore une fois j’ai bien à me féliciter de l’avoir vu avant son départ ; je désire bien que tu puisses le recevoir et lui témoigner toute ma reconnaissance du service qu’il m’a rendu. Si étant à Lyon, il a occasion de donner de ses nouvelles à M. Hennet ou à son beau-frère M. Oyon, prie-le de dire un mot en ma faveur et de leur rappeler l’intérêt qu’il prend à ce qui me regarde et à toute ma famille. Tu sens que pour pouvoir lui faire cette prière, il faut avoir le temps de causer avec lui, et de le connaître un peu. »
    Lettre d'Antoine Morand de Jouffrey à son épouse Magdeleine Guilloud, le 25 avril 1801.

Il semble qu'il ait bien rempli sa mission, puisque Hennet est envoyé au moment opportun à Turin, laissant la place à un certain Legrand, plus favorable aux intérêts de la famille Morand de Jouffrey.
Il se marie en 1804 avec Claudine Victoire Ernestine de Cardon de Sandrans, 6ème enfant d'une fratrie qui en compte 11, dont le père avait été député de la noblesse entre 1789 et 1791. Qualités politiques et sociales de la famille de son épouse dont il se prévaut lorsqu'il fait rectifier son identité en 1817, sous le règne de Louis XVIII : « Je puis ajouter, dit-il, que j'appartiens à une famille qui compte parmi elle plusieurs chevaliers de Saint-Louis, tant au chef paternel que maternel ; enfin, que je suis uni en mariage avec la fille de M. Floch de Cardon, Baron de Sandrans, et député de la Noblesse de la province de Bresse aux Etats généraux en 1789 ». Il précise également, dans cette liste de qualification, que ses père et mère sont nobles, ajoutant une particule au patronyme Chusin.
Joseph Etienne Royer-Dupré et Claudine Victoire Ernestine de Cardon de Sandrans auront trois enfants, Elisabeth, qui se mariera avec Alexandre Jacques de Montgolfier ; Paul Henry Ernest, né en 1808, qui sera plusieurs fois ministre de la justice ; et Adélaïde Louise, qui se mariera avec un certain Guillaume-Tell Corbin.

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Jean-François Vitet (1750-1824)

Dans la correspondance

Retrouvez Jean François Vitet cité dans la correspondance.

Note biographique

Jean-François Vitet est né à Lyon le 10 décembre 1750. Son père était Louis Joseph Vitet, maître chirurgien et juré de Lyon. Sa mère était Gabrielle Durozat (ou Derozan). Il était le cousin germain, par son père, de Louis Vitet, le maire de Lyon (1791-1792)et médecin d'Antoine Morand de Jouffrey à Paris.

Il se marie le 1er avril 1777 avec Elisabeth Ganin. Le couple n'aura pas d'enfant.
Jean-François Vitet est un ami de la famille Morand. De la même génération que Jean-Antoine et d'Antoinette, il apporte également son soutien à leur fils Antoine.

Dans la correspondance, lorsqu'on parle avec affection ou intérêt de « Vitet », c'est en général de lui qu'il s'agit. Comme dans cette lettre d'Antoinette à son fils  du 3 décembre 1799 :

    « Recevez mon compliment d’être à la session de M. Vitet. Il est avantageux à votre instruction d’être près de cet homme de mérite et de pouvoir jouir de tout l’agrément de sa société, puissiez-vous imiter à son exemple son amour filial. Faites-lui mes plus empressés compliments... ».

Ou comme ici :

    « S’il vaquait une place au tribunal pendant que je suis là, peut-être serait-il possible de l’espérer, sans cela j’aurais bien de la peine à réussir ; je crois que la personne à qui tu peux le plus parler de cela c’est Vitet, je ne doute pas qu’il ne me servît s’il y avait quelque chose à faire... ».
    Antoine à Magdeleine, 16 mai 1801.

On sait peu de choses de lui, hormis des éléments de sa carrière :

  • En 1790, il est président du Conseil général du Rhône-et-Loire.
  • En février 1802, il est nommé président du Conseil des Hospices civils de Lyon.
  • Il a été également deux fois candidat au Corps législatif, en 1804 puis en 1809, sans jamais être élu.
  • Il a été, au moins en 1812, vice-président puis président du tribunal d'appel de Lyon.
  • En 1814, il est président du tribunal de première instance de Lyon. Il vit au n°7 de la rue de l'archevêché.
  • A partir de 1818, il est conseiller municipal de Lyon.

Il décède le 17 septembre 1824, nous dit Le Constitutionnel , d'une « attaque d'apoplexie foudroyante, à l'âge de 74 ans ».

Voici un extrait de sa notice :

    « M. Vitet avait débuté au barreau, avant la Révolution, en qualité d'avocat. Il s'était acquis une réputation méritée par l'étendue de ses connaissances, ses qualités aimables et son esprit conciliant. Lorsqu'après la tourmente révolutionnaire, les tribunaux furent recomposés, M. Vitet fut nommé président de chambre à la cour d'Appel, poste qu'il occupa pendant plusieurs années avec distinction. Lors de la création de la cour royale, le ministre de la justice jeta les yeux sur M. Vitet pour présider le tribunal civil de Lyon. Sa nomination était conçue dans les termes les plus flatteurs et les plus honorables. M. Vitet reçut alors la Légion d'Honneur, comme une juste récompense des services qu'il avait déjà rendus, et comme un dédommagement de ce qu'il passait d'une cour d'Appel à un tribunal inférieur qui réclamait ses lumières et ses talents. La clarté, la lucidité et la facilité que M. Vitet apportait dans les considérans (sic) des jugements, qu'il prononçait presque toujours sans les avoir écrits, étaient vraiment remarquables. »
    Le Constitutionnel, Journal du commerce, politique et littéraire, mercredi 29 septembre 1824.

Références bibliographiques :

Merci à Gabriel Garrote pour sa contribution à ces éléments biographiques.

Voir également la notice sur le site du CTHS : http://cths.fr/an/prosopo.php?id=101025.

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