Lettre d'Antoinette à son fils Antoine, 1 septembre 1801

Expéditeur : Antoinette Morand
Expedié depuis : Grenoble

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Transcription

Adresse ?
Grenoble, 14 fructidor

Une lettre de la mère d'Antoine, glissée dans une lettre qu'il lui adresse sans date, rue Brocherie, « le 8, mercredi ». Il s'agit du 8 fructidor, soit mercredi 26 août.

Votre seconde lettre, mon cher fils , m'a fait le plus grand plaisir, elle a effacé l'impression fâcheuse et désespérante que m'avait causée la première, je l'ai lue relue avec délice. Le présent que vous me faites est de fort bon goût, votre position gênée le rend plus magnifique et vous n'aurez pas de peine à croire que son plus grand prix à mes yeux est la manière de me l'offrir. J'y retrouve les traces de cette sensibilité délicieuse qui vous caractérisait dans votre enfance, en laquelle votre mère avait une si grande confiance qu'elle s'est laissée entraînée à tous les sacrifices en votre faveur. J'ai lu l'article de Léo à votre sœur ; traiter Louise comme votre filleule m'a paru fort plaisant et mérité. J'ai vu avec peine dans le temps que ma belle-fille n'ait pas été sa marraine, j'ai admiré la tournure élégante de Léo , comme on n'a pas jugé celle à qui elle est destinée assez raisonnable pour la traiter avec égard, on attend cet hiver pour la lui confier. Ce n'est pas d'ailleurs une fille des champs, il la faut réserver pour habiter une capitale quoique un peu différente de celle d'où elle sort ma sœur ne peut croire qu'une fille de Saint-François fût destinée à avoir son chiffre tracé sur un verre elle sait dit-elle très bien que toutes les barbes (sic) ne sont pas en paradis, j'ai attendu pour vous répondre l'arrivée de votre sœur de Voiron, votre beau-frère a dû vous écrire il a été enchanté de sa nouvelle fille et votre sœur très sensible à ce témoignage d'amitié, Olimpe qui est dans la confidence l'a admirée, il n'y a que la pauvre Louise qui n'y est pas. Je me faisais cependant un grand plaisir de jouir de la joie de son étonnement, c'est partie remise. Puisse encore mon cher fils renaître cet heureux temps où vous, votre sœur et moi ne faisions qu'un cœur et qu'une âme. Je n'ose parler de celui qui faisait le bonheur de notre quatuor ; l'harmonie du trio qui reste ferait la consolation, et le seul plaisir que je puisse encore goûter. Je vous fais compliment sur les succès de votre voyage quoique partiels j'en suis fort contente et votre compagnie doit l'être, c'est beaucoup que d'avoir gagné dix à onze d'exemption d'imposition (si j'ai bien su compter) cela donne du temps pour la prorogation et pour mieux encore, selon votre projet secret et futur. C'est cependant une grande inconséquence que de ne pas nous faire jouir de l'avantage des autres ponts en les traitant comme les carreaux et usines (ainsi que votre père l'avait observé), il était de la justice de nous accorder les trente années puisque nous avions toujours payé et été privés du bénéfice accordé aux autres, mais malheureusement le fisc n'a jamais connu le rétroactif en imposition et c'est là que la justice est prise en défaut.

Je ne doute point de toutes les sensations délicieuses que vous ont fait éprouver votre femme et vos enfants, heureux mari heureux père et je puis bien dire heureux fils que n'étais-je là pour tirer parti de cette jouissance que j'ai toujours si bien sentie en pareil cas, il paraît qu'Albine et James ont bien grandi quelle joie ont du éprouver ces chers et bons enfants de revoir leur bon père après une si longue absence, je ne puis douter que vous ne souffriez de notre séparation par la peine que j'en éprouve. Le voyage de Lyon à Grenoble est aussi facile que peu coûteux, profitez-en lorsque vous y trouverez votre plaisir et que vos affaires vous le permettront. Plus vous serez en nombre d'enfants grands et petits plus j'aurai de satisfaction et c'est à cette époque que nous ferons usage de mon verre pour boire à votre santé. J'ai vu hier Mme Hélie qui a su votre arrivée. J'ai été étonnée que son mari n'ait pas encore reçu de vos nouvelles. J'ai fait comme si j'avais reçu ma lettre le même jour je lui ai dit que vous m'aviez écrit de Machy et que vous attendiez sans doute d'être à Lyon pour lui rendre compte de votre mission et lui parler de l'avoir de la Compagnie. Je lui ai dit cependant que vous aviez obtenu quelque chose, que c'était d'elle que j'en attendais le détail. Vous ferez très bien de ne pas parler du projet ultérieur car je crois que M. Hélie ne serait pas éloigné d'avoir cet hiver une occasion pour aller à Paris, son père qui est en Italie et qui y a enfin placé ses deux neveux dans des bureaux par la protection de Lacombe doit passer bientôt pour y aller. J'embrasse bien tendrement votre femme, vos chers enfants, cette jolie petite Léo que j'aurais de plaisir à jouir de la joie qu'a dû lui causer la Louise élégante que vous lui avez apportée. Ma sœur vous remercie et vous embrasse tous.

Mlle Joséphine Demesai épouse aujourd'hui M. Contantin , établi à Lyon dont le père était conseiller à Dijon, l'on le dit d'une bien jolie figure il est riche et amoureux, il n'a qu'une sœur. Il vivra à Lyon avec son père et sa mère mais il doit passer son hiver à Mélan [meylan]. La mère est une Mlle Debrosse sœur [...]. Mlle Demesai est infiniment intéressante par sa jolie figure, les grâces de son esprit et son heureux caractère. Je ne vous parle pas du père, il m'a tenu il y a peu de jours un propos offensant, qui m'a donné lieu à bien des réflexions embarrassantes. Adieu aimez-moi comme je mérite de l'être si vous voulez ajouter à votre bonheur.


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