Lettre d'Antoine à son épouse Magdeleine, 29 mars 1802

Expéditeur : Antoine Morand
Expedié depuis : Paris

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Transcription

A Madame Morand Jouffrey, rue Saint-Dominique, à Lyon
Paris, le 8 germinal lundi à une heure

Je viens de rentrer ma bonne amie et ne peux t'écrire que pendant une demi-heure pour pouvoir faire partir ma lettre par ce courrier, j'ai trouvé ta lettre du jeudi 4. Elle renferme plusieurs objets importants auxquels je me réserve de te répondre tranquillement ; un article cependant qui m'a fait verser des larmes de joie qui ne sont pas loin de couler encore au moment où j'en parle, c'est tout ce que tu me dis sur James, pourquoi faut-il, pour son bien ne pas se livrer trop à tout le plaisir que j'aurais à lui laisser voir combien sa conduite et son application le rendent cher à son père, pourquoi faut-il l'éloigner de nous pour achever son éducation, je t'assure qu'il m'en coûtera beaucoup, mais je le crois nécessaire et la manière dont il profite de ses maîtres est une raison de plus parce que nous ne négligerions rien de ce qui peut en faire un homme instruit et qui puisse se rendre utile à son pays ; c'est pour lui maintenant, ma bonne amie , que je vais avoir de l'ambition et je t'assure que sans cela je ne courrais pas comme je le fais après la place au tribunal ; j'espère être plus heureux que je ne l'ai été ; je ne suis pas accoutumé ma bonne amie à te faire des secrets, je t'avoue cependant que je t'en avais fait un et que jusqu'au dernier moment j'ai eu de grandes espérances, il m'eut été bien doux d'obtenir quelque chose qui t'eût été agréable et utile à l'éducation de nos enfants, j'aurais été trop heureux si j'avais pu réussir à te donner une surprise agréable ; cela n'a pas eu lieu et mon plus grand regret est d'être privé du plaisir que cela t'aurait fait, pour moi je t'assure que je n'y tenais surtout que pour toi, il eut été si satisfaisant pour ton ami de procurer quelque agrément de plus dans cette vie à celle qui la lui rend si chère et si heureuse ; mais enfin c'est une affaire manquée pour cette année, sans l'ordre de nommer un général, j'en étais sûr. Il faut maintenant oublier les espérances que j'ai eues et s'il est possible les faire oublier aux autres ; peu de personnes l'ont su, cependant je voudrais maintenant qu'il y en eut encore bien moins dans le secret ; je vais maintenant chercher à l'oublier tout-à-fait pour le faire oublier aux autres.

On dit qu'il ne faut pas courir deux lièvres à la fois, mais un autre proverbe dit qu'il faut avoir plusieurs cordes à son arc. Je ne négligerai rien pour l'autre affaire et si elle ne réussit pas, elle me donnera plus de chagrin que l'autre. J'ai remis une pétition à la députation qui doit être remise ce soir au consul Cambacérès , c'est lui qui nomme aux places dans les tribunaux, je t'ai dit ce que j'avais fait auprès du ministre de la justice . [...]

Aime toujours ton ami qui ne respire que par toi et pour toi.


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